<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rdf:RDF xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns="http://purl.org/rss/1.0/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/"><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/</link><title>Anthologie-Cruelle</title><description>Anthologie-Cruelle</description><language>fr</language><webMaster>webmaster@gayattitude.com</webMaster><lastBuildDate>Sun, 29 Jun 2008 21:09:14 +0200</lastBuildDate><pubDate>Sun, 29 Jun 2008 21:09:14 +0200</pubDate><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><items><rdf:Seq><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080629203737/aujourd-hui-jean-rousselot-1913-2004/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080627181431/aujourd-hui-rene-guy-cadou-1920-1951/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080623183652/aujourd-hui-henri-deluy-1931/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080618190858/aujourd-hui-leo-ferre-1916-1993/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080616192249/aujourd-hui-blaise-cendrars-1887-1961/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080615215924/aujourd-hui-claude-pelieu-1934-2002/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080611201111/aujourd-hui-paul-verlaine-1844-1896/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080608183301/aujourd-hui-leopold-sedar-senghor-1906-2001/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080601200725/aujourd-hui-joe-bousquet-1897-1950/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080528193853/aujourd-hui-philippe-soupault-1897-1990/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080523181959/aujourd-hui-pierre-reverdy-1889-1960/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080522191313/aujourd-hui-leon-paul-fargue-1876-1947/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080518203625/aujourd-hui-aristide-bruant-1851-1925/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080510194008/aujourd-hui-clement-magloire-saint-aude-1912-1971/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080506202027/aujourd-hui-jacques-prevert-1900-1977/" /></rdf:Seq></items></channel><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080629203737/aujourd-hui-jean-rousselot-1913-2004/"><title>Aujourd'hui : Jean Rousselot (1913/2004)</title><description>

Avec Lecoin
 
Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ?

Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ?

Voilà que la tortue se goure et va crever loin de la mer ?

Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde-à-chien ?

Tout le monde fout le camp : Marilyn Monroe dans la mort, le puma dans les marais salants, le capitaine Nemo dans Vénus.

Nous, on reste. Avec Lecoin. Crosse en l'air. Comme les fougères.

Parce que ce monde-là, c'est le seul, et qu'on y tient.

Même si Marilyn pue de la bouche au réveil,

Même si l'on peut manger des cailles en gémissant sur un pigeon blessé,

Même s'il y a de la balle dum-dum dans le référendum.

Ce sale vieux con de monde bien aimé, on le sauvera malgré lui, vous verrez !

On remettra les poissons dans l'eau, les oiseaux dans les arbres, la tortue dans le bon sens...

Enfin, j'y crois.

1962

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080629-12669301584867d5be79f7d.jpg" width="130" height="157" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Avec Lecoin</CENTER></B><br />
 <br />
Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ?<br />
<br />
Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ?<br />
<br />
Voilà que la tortue se goure et va crever loin de la mer ?<br />
<br />
Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde-à-chien ?<br />
<br />
Tout le monde fout le camp : Marilyn Monroe dans la mort, le puma dans les marais salants, le capitaine Nemo dans Vénus.<br />
<br />
Nous, on reste. Avec Lecoin. Crosse en l'air. Comme les fougères.<br />
<br />
Parce que ce monde-là, c'est le seul, et qu'on y tient.<br />
<br />
Même si Marilyn pue de la bouche au réveil,<br />
<br />
Même si l'on peut manger des cailles en gémissant sur un pigeon blessé,<br />
<br />
Même s'il y a de la balle dum-dum dans le référendum.<br />
<br />
Ce sale vieux con de monde bien aimé, on le sauvera malgré lui, vous verrez !<br />
<br />
On remettra les poissons dans l'eau, les oiseaux dans les arbres, la tortue dans le bon sens...<br />
<br />
Enfin, j'y crois.<br />
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<I>1962</I><br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080629203737/aujourd-hui-jean-rousselot-1913-2004/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-29T20:37:37+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080627181431/aujourd-hui-rene-guy-cadou-1920-1951/"><title>Aujourd'hui : René-Guy Cadou (1920/1951)</title><description>

Le chant de solitude
 
Laissez venir à moi tous les chevaux toutes les femmes et les bêtes bannies
Et que les graminées se poussent jusqu'à la margelle de mon établi
Je veux chanter la joie étonnamment lucide
D'un pays plat barricadé d'étranges pommiers à cidre
Voici que je dispose ma lyre comme une échelle à poules contre le ciel
Et que tous les paysans viennent voir ce miracle d'un homme qui grimpe après les voyelles
Étonnez-vous braves gens ! car celui qui compose ainsi avec la Fable
N'est pas loin de trouver place près du Divin dans une certaine Etable !
Et dites-vous le soir quand vous rentrez de la foire aux conscrits ou bien des noces
Que la lampe qui brûle à l'avant du pays très tard est comme la lanterne d'un carrosse
Ou d'un navire bohémien qui déambule
Tout seul dans les eaux profondes du crépuscule
Que mon Chant vous atteigne ou non ce n'est pas tant ce qui importe
Mais la grande ruée des terres qui sont vôtres entre le soleil et ma porte
Les fumures du Temps sur le ciel répandues
Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !
Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !
Peut-être qu'un cheval à l'humeur insolite
Un soir qu'il fera gris ou qu'il aura neigé
Posera son museau de soleil dans mes vitres. 
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080627-430945686486511ad860c5.jpg" width="130" height="184" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Le chant de solitude</CENTER></B><br />
 <br />
Laissez venir à moi tous les chevaux toutes les femmes et les bêtes bannies<br />
Et que les graminées se poussent jusqu'à la margelle de mon établi<br />
Je veux chanter la joie étonnamment lucide<br />
D'un pays plat barricadé d'étranges pommiers à cidre<br />
Voici que je dispose ma lyre comme une échelle à poules contre le ciel<br />
Et que tous les paysans viennent voir ce miracle d'un homme qui grimpe après les voyelles<br />
Étonnez-vous braves gens ! car celui qui compose ainsi avec la Fable<br />
N'est pas loin de trouver place près du Divin dans une certaine Etable !<br />
Et dites-vous le soir quand vous rentrez de la foire aux conscrits ou bien des noces<br />
Que la lampe qui brûle à l'avant du pays très tard est comme la lanterne d'un carrosse<br />
Ou d'un navire bohémien qui déambule<br />
Tout seul dans les eaux profondes du crépuscule<br />
Que mon Chant vous atteigne ou non ce n'est pas tant ce qui importe<br />
Mais la grande ruée des terres qui sont vôtres entre le soleil et ma porte<br />
Les fumures du Temps sur le ciel répandues<br />
Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !<br />
Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !<br />
Peut-être qu'un cheval à l'humeur insolite<br />
Un soir qu'il fera gris ou qu'il aura neigé<br />
Posera son museau de soleil dans mes vitres. <br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080627181431/aujourd-hui-rene-guy-cadou-1920-1951/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-27T18:14:31+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080623183652/aujourd-hui-henri-deluy-1931/"><title>Aujourd'hui : Henri Deluy (1931)</title><description>

Haddock
 
L'orthographe, longtemps variée, mouvante,
Haddock s'écrit aujourd'hui, le plus souvent,
Aux deux d, un h en ouverture, un k en final.
On trouve aussi Haddoc (pluriel Hados),
En ancien français – attesté en 1285 - ,
Et Adot, Hadou, Hadon...

*

L'origine, étymologiquement obscure,
Est clairement anglaise : Haddock, 
Ici, églefin fumé – il peut aussi
Être un aiglefin, ou un aigrefin
(Dès 1398), en moyen-néerlandais
Schelvish, dit-on, et c'est possible.

*

Le Haddock est un apprêt de la chair
De ce poisson de mer (famille de la lotte,
Du colin, du merluche, du minuscule tacaud) ;
Il se déplace avec une petite barbe,
Mâchoire inférieure, trois nageoires
Dorsales, deux nageoires anales, tache
Noire sur les flancs.

*

Une sorte de morue, vidée, désarêtée,
Etêtée, fendue, ouverte à plat
Dans le sens de la longueur,
Légèrement saumurée, doucement fumée,
A basse température, à la sciure de hêtre.

*

Couleur : jaune orangé, clair.

*

Huysmans et Mallarmé aiment le Haddock,
Mais il apparaît tard sur les tables
Françaises, et dans les livres
De cuisine (français). Il n'est pas
Dans le Dumas, il n'est pas dans le
Reboul. A compter de 1945, il trouve
Sa place.

*

Poché, au court-bouillon, rôti au four,
A la Singapour, en pudding à l'américaine,
Aux choux nouveaux, cru en tartare,
Farci aux huîtres, à la pommade d'oursins,
A la charantaise, aux épinards, à la
Maître d'hôtel, à la béchamel,
A l'indienne, à la crème, à la sauce
Aux oeufs, à la vapeur, au beurre
Fondu, en pommade, (le beurre),
Grillé, au paprika, en gratin soufflé...

*

J'aime le Haddock poché, dans le lait
Entier, qui vient de bouillir, pas plus
De huit minutes, à frémissement, c.à.d.
Lorsque le lait, toujours sur le feu,
Est retombé, pour que la chair conserve
Son corps ; servir chaud, avec, en bordure,
Des pommes de terre calibre moyen,
(Des rattes fermes), et un accompagnement
De crème double montée au safran...

*

Le temps passe, en silence.</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080623-1879160806485fd0e9a1da3.jpg" width="130" height="177" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Haddock</CENTER></B><br />
 <br />
L'orthographe, longtemps variée, mouvante,<br />
<I>Haddock</I> s'écrit aujourd'hui, le plus souvent,<br />
Aux deux <I>d</I>, un <I>h</I> en ouverture, un <I>k</I> en final.<br />
On trouve aussi <I>Haddoc</I> (pluriel Hados),<br />
En ancien français – attesté en 1285 - ,<br />
Et <I>Adot, Hadou, Hadon...</I><br />
<br />
*<br />
<br />
L'origine, étymologiquement obscure,<br />
Est clairement anglaise : Haddock, <br />
Ici, <I>églefin</I> fumé – il peut aussi<br />
Être un <I>aiglefin</I>, ou un <I>aigrefin</I><br />
(Dès 1398), en moyen-néerlandais<br />
<I>Schelvish</I>, dit-on, et c'est possible.<br />
<br />
*<br />
<br />
Le <I>Haddock</I> est un apprêt de la chair<br />
De ce poisson de mer (famille de la <I>lotte</I>,<br />
Du <I>colin</I>, du <I>merluche</I>, du minuscule <I>tacaud</I>) ;<br />
Il se déplace avec une petite barbe,<br />
Mâchoire inférieure, trois nageoires<br />
Dorsales, deux nageoires anales, tache<br />
Noire sur les flancs.<br />
<br />
*<br />
<br />
Une sorte de morue, vidée, désarêtée,<br />
Etêtée, fendue, ouverte à plat<br />
Dans le sens de la longueur,<br />
Légèrement saumurée, doucement fumée,<br />
A basse température, à la sciure de hêtre.<br />
<br />
*<br />
<br />
Couleur : jaune orangé, clair.<br />
<br />
*<br />
<br />
Huysmans et Mallarmé aiment le <I>Haddock</I>,<br />
Mais il apparaît tard sur les tables<br />
Françaises, et dans les livres<br />
De cuisine (français). Il n'est pas<br />
Dans le Dumas, il n'est pas dans le<br />
Reboul. A compter de 1945, il trouve<br />
Sa place.<br />
<br />
*<br />
<br />
Poché, au court-bouillon, rôti au four,<br />
A la Singapour, en pudding à l'américaine,<br />
Aux choux nouveaux, cru en tartare,<br />
Farci aux huîtres, à la pommade d'oursins,<br />
A la charantaise, aux épinards, à la<br />
Maître d'hôtel, à la béchamel,<br />
A l'indienne, à la crème, à la sauce<br />
Aux oeufs, à la vapeur, au beurre<br />
Fondu, en pommade, (le beurre),<br />
Grillé, au paprika, en gratin soufflé...<br />
<br />
*<br />
<br />
J'aime le <I>Haddock</I> poché, dans le lait<br />
Entier, qui vient de bouillir, pas plus<br />
De huit minutes, à frémissement, c.à.d.<br />
Lorsque le lait, toujours sur le feu,<br />
Est retombé, pour que la chair conserve<br />
Son corps ; servir chaud, avec, en bordure,<br />
Des pommes de terre calibre moyen,<br />
(Des rattes fermes), et un accompagnement<br />
De crème double montée au safran...<br />
<br />
*<br />
<br />
Le temps passe, en silence.]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080623183652/aujourd-hui-henri-deluy-1931/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-23T18:36:52+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080618190858/aujourd-hui-leo-ferre-1916-1993/"><title>Aujourd'hui : Léo Ferré (1916/1993)</title><description>

Je te donne

Les fleurs à inventer les jouets d'une comète
Les raisons d'être fou la folie dans ta tête
Des avions en allés vers tes désirs perdus
Et moi comme un radar à leurs ailes pendu
Des embruns dans tes yeux et la mer dans ton ventre
Un orgue dans ta voix chaque fois que je rentre
Des chagrins en couleur riant à ton chevet
Les lampes de mes yeux pour mieux les éclairer

Les parfums de la nuit quand ils montent d'Espagne
Les accessoires du dimanche sous ton pagne
Les larmes de la joie quand elle est à genoux
Le rire du soleil quand le soleil s'en fout
Les souvenirs de ceux qui n'ont plus de mémoire
L'avenir en pilules toi et moi pour y croire
Des passeports pour t'en aller t'Einsteiniser
Vers cet univers glauque où meurent nos idées

Des automates te parlant de mes problèmes
Et cette clef à remonter qui dit &quot; je t'aime &quot;
Un jardin dans ton cœur avec un jardinier
Qui va chez mon fleuriste et t'invite à dîner
Des comptes indécis chez ton marchand de rêves
Un sablier à ton poignet des murs qui lèvent
Des chagrins brodés main pour t'enchaîner à moi
Des armes surréelles pour me tuer cent fois

Cette chose qu'on pense être du feu de Dieu
Cette mer qui remonte au pied de ton vacarme
Ces portes de l'enfer devant quoi tu désarmes
Ces serments de la nuit qui peuplent nos aveux
Et cette joie qui fout le camp de ton collant
Ces silences perdus au bout d'une parole
Et ces ailes cassées chaque fois qu'on s'envole
Ce temps qui ne tient plus qu'à trois... deux... un... zéro

JE TE DONNE TOUT ÇA, MARIE !

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080618-1501546457485940dbea8c7.jpg" width="130" height="199" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Je te donne</CENTER></B><br />
<br />
Les fleurs à inventer les jouets d'une comète<br />
Les raisons d'être fou la folie dans ta tête<br />
Des avions en allés vers tes désirs perdus<br />
Et moi comme un radar à leurs ailes pendu<br />
Des embruns dans tes yeux et la mer dans ton ventre<br />
Un orgue dans ta voix chaque fois que je rentre<br />
Des chagrins en couleur riant à ton chevet<br />
Les lampes de mes yeux pour mieux les éclairer<br />
<br />
Les parfums de la nuit quand ils montent d'Espagne<br />
Les accessoires du dimanche sous ton pagne<br />
Les larmes de la joie quand elle est à genoux<br />
Le rire du soleil quand le soleil s'en fout<br />
Les souvenirs de ceux qui n'ont plus de mémoire<br />
L'avenir en pilules toi et moi pour y croire<br />
Des passeports pour t'en aller t'Einsteiniser<br />
Vers cet univers glauque où meurent nos idées<br />
<br />
Des automates te parlant de mes problèmes<br />
Et cette clef à remonter qui dit " je t'aime "<br />
Un jardin dans ton cœur avec un jardinier<br />
Qui va chez mon fleuriste et t'invite à dîner<br />
Des comptes indécis chez ton marchand de rêves<br />
Un sablier à ton poignet des murs qui lèvent<br />
Des chagrins brodés main pour t'enchaîner à moi<br />
Des armes surréelles pour me tuer cent fois<br />
<br />
Cette chose qu'on pense être du feu de Dieu<br />
Cette mer qui remonte au pied de ton vacarme<br />
Ces portes de l'enfer devant quoi tu désarmes<br />
Ces serments de la nuit qui peuplent nos aveux<br />
Et cette joie qui fout le camp de ton collant<br />
Ces silences perdus au bout d'une parole<br />
Et ces ailes cassées chaque fois qu'on s'envole<br />
Ce temps qui ne tient plus qu'à trois... deux... un... zéro<br />
<br />
JE TE DONNE TOUT ÇA, MARIE !<br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080618190858/aujourd-hui-leo-ferre-1916-1993/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-18T19:08:58+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080616192249/aujourd-hui-blaise-cendrars-1887-1961/"><title>Aujourd'hui : Blaise Cendrars (1887/1961)</title><description>

Journal

Christ
Voici plus d'un an que je n'ai plus pensé à Vous
Depuis que j'ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
Mais je suis toujours le même
J'ai même voulu devenir peintre
Voici les tableaux que j'ai faits et qui ce soir pendent aux murs
Ils m'ouvrent d'étranges vues sur moi-même qui me font penser à Vous.

Christ
La vie
Voilà ce que j'ai fouillé

Mes peintures me font mal
Je suis trop passionné
Tout est orangé.

J'ai passé une triste journée à penser à mes amis
Et à lire le journal
Christ

Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens les bras tendus
Envergures
Fusées
Ébullition
Cris.
On dirait un aéroplane qui tombe.
C'est moi.

Fusion
Feu
Roman-feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier

Je suis l'autre
Trop sensible

Août 1913.

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080616-19613222864856a111352d5.jpg" width="130" height="184" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Journal</CENTER></B><br />
<br />
Christ<br />
Voici plus d'un an que je n'ai plus pensé à Vous<br />
Depuis que j'ai écrit mon avant-dernier poème Pâques<br />
Ma vie a bien changé depuis<br />
Mais je suis toujours le même<br />
J'ai même voulu devenir peintre<br />
Voici les tableaux que j'ai faits et qui ce soir pendent aux murs<br />
Ils m'ouvrent d'étranges vues sur moi-même qui me font penser à Vous.<br />
<br />
Christ<br />
La vie<br />
Voilà ce que j'ai fouillé<br />
<br />
Mes peintures me font mal<br />
Je suis trop passionné<br />
Tout est orangé.<br />
<br />
J'ai passé une triste journée à penser à mes amis<br />
Et à lire le journal<br />
Christ<br />
<br />
Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens les bras tendus<br />
Envergures<br />
Fusées<br />
Ébullition<br />
Cris.<br />
On dirait un aéroplane qui tombe.<br />
C'est moi.<br />
<br />
Fusion<br />
Feu<br />
Roman-feuilleton<br />
Journal<br />
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même<br />
Il faut parfois crier<br />
<br />
Je suis l'autre<br />
Trop sensible<br />
<br />
<I>Août 1913.</I><br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080616192249/aujourd-hui-blaise-cendrars-1887-1961/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-16T19:22:49+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080615215924/aujourd-hui-claude-pelieu-1934-2002/"><title>Aujourd'hui : Claude Pélieu (1934/2002)</title><description>

PETE THE COYOTE

PETE LE COYOTE
AVAIT LES YEUX LAVES PAR
L'ACIDE
BRANCHES SUR LES LIGNES BLEUES
DE L'AGE CYBERNETIQUE

« GOODBYE MISTER CHIPS »
« GOODBYE TO ALL THAT FUCK »
« THE GERMAN SPIDER MEETS
THE RED ANGEL »
SUR L'OREILLER SURREALISTE
ENTRE LES LEVRES CLOSES
DE LA FUMEE
LE BAFOUILLAGE FRANCAIS
SPEARMINT JOHNNY PISSOFF
les garçons sauvages se caressent sur les nuages
le silence nous laisse partir
le brouillard tremble à peine
les rires des enfants
entrent
en 
trombe
dans le Tunnel d'Alice
où le vent se croyait
seul
alors
PETE LE COYOTE
etc
etc
etc
etc
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080615-142256432648557433295ad.jpg" width="130" height="186" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>PETE THE COYOTE</CENTER></B><br />
<br />
<CENTER>PETE LE COYOTE<br />
AVAIT LES YEUX LAVES PAR<br />
L'ACIDE<br />
BRANCHES SUR LES LIGNES BLEUES<br />
DE L'AGE CYBERNETIQUE<br />
<br />
« GOODBYE MISTER CHIPS »<br />
« GOODBYE TO ALL THAT FUCK »<br />
« THE GERMAN SPIDER MEETS<br />
THE RED ANGEL »<br />
SUR L'OREILLER SURREALISTE<br />
ENTRE LES LEVRES CLOSES<br />
DE LA FUMEE<br />
LE BAFOUILLAGE FRANCAIS<br />
SPEARMINT JOHNNY PISSOFF<br />
les garçons sauvages se caressent sur les nuages<br />
le silence nous laisse partir<br />
le brouillard tremble à peine<br />
les rires des enfants<br />
entrent<br />
en <br />
trombe<br />
dans le Tunnel d'Alice<br />
où le vent se croyait<br />
seul<br />
alors<br />
PETE LE COYOTE<br />
etc<br />
etc<br />
etc<br />
etc</CENTER><br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080615215924/aujourd-hui-claude-pelieu-1934-2002/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-15T21:59:24+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080611201111/aujourd-hui-paul-verlaine-1844-1896/"><title>Aujourd'hui : Paul Verlaine (1844/1896)</title><description>

Colloque sentimental
 
Dans le vieux parc solitaire et glacé 
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, 
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé 
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ? 
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ? 
Toujours vois tu mon âme en rêve ? - Non.

- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible 
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir ! 
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles, 
Et la nuit seule entendit leurs paroles. 
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080611-20785352074850150666fc9.jpg" width="130" height="186" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Colloque sentimental</CENTER></B><br />
 <br />
Dans le vieux parc solitaire et glacé <br />
Deux formes ont tout à l'heure passé.<br />
<br />
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, <br />
Et l'on entend à peine leurs paroles.<br />
<br />
Dans le vieux parc solitaire et glacé <br />
Deux spectres ont évoqué le passé.<br />
<br />
- Te souvient-il de notre extase ancienne ? <br />
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?<br />
<br />
- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ? <br />
Toujours vois tu mon âme en rêve ? - Non.<br />
<br />
- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible <br />
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.<br />
<br />
Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir ! <br />
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.<br />
<br />
Tels ils marchaient dans les avoines folles, <br />
Et la nuit seule entendit leurs paroles. <br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080611201111/aujourd-hui-paul-verlaine-1844-1896/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-11T20:11:11+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080608183301/aujourd-hui-leopold-sedar-senghor-1906-2001/"><title>Aujourd'hui : Léopold Sédar Senghor (1906/2001)</title><description>

A New York
(Pour orchestre de jazz : solo de trompette)

I

New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.
Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche
Pas un sein maternel, les jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des coeurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! Si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.

II

Voici le temps des signes et des comptes
New York ! Or voici le temps de la manne et de l'hysope.
Il n'est que d'écouter les trombones de Dieu, ton coeur battre au rythme du sang ton sang.
J'ai vu dans Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d'odeurs flamboyantes
- C'est l'heure du thé chez le livreur-en-produits-pharmaceutiques
J'ai vu se préparer la fête de la Nuit à la fuite du jour. Je proclame la nuit plus véridique que le jour.
C'est l'heure pure où dans les rues? Dieu fait germer la vie d'avant mémoire
Tous les éléments amphibies rayonnants comme des soleils.
Harlem Harlem ! Voici ce que j'ai vu Harlem Harlem ! Une brise verte de blés sourdre des pavés labourés par les pieds nus des danseurs Dans
Croupes ondes de soie et seins de fers de lance, ballet de nénuphars et de masques fabuleux
Aux pieds des chevaux de police, les mangues de l'amour rouler des maisons basses.
Et j'ai vu le long des trottoirs des ruisseaux de rhum blanc des ruisseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares. 
J'ai vu le ciel neiger au soir des fleurs de coton et des ailes de séraphins et des panaches de sorciers. 
Ecoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre ta voix vibrante de hautbois, l'angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang 
Ecoute au loin battre ton cœur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam.

III

New York ! Je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang
Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie
Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.
Voici revenir les temps très anciens, l'unité retrouvée la réconciliation du Lion du Taureau et de l'Arbre
L'idée liée à l'acte à l'oreille au coeur le signe au sens.
Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d'inventer les Sirènes.
Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'avril
Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.
Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080608-982977012484c093b4024c.jpg" width="130" height="197" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>A New York</CENTER></B><br />
<I><CENTER>(Pour orchestre de jazz : solo de trompette)</CENTER></I><br />
<br />
I<br />
<br />
New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.<br />
Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre<br />
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel<br />
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.<br />
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel<br />
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.<br />
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan<br />
- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar<br />
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air<br />
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.<br />
Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma main fraîche<br />
Pas un sein maternel, les jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.<br />
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des coeurs artificiels payés en monnaie forte<br />
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.<br />
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! Si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides<br />
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.<br />
<br />
II<br />
<br />
Voici le temps des signes et des comptes<br />
New York ! Or voici le temps de la manne et de l'hysope.<br />
Il n'est que d'écouter les trombones de Dieu, ton coeur battre au rythme du sang ton sang.<br />
J'ai vu dans Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d'odeurs flamboyantes<br />
- C'est l'heure du thé chez le livreur-en-produits-pharmaceutiques<br />
J'ai vu se préparer la fête de la Nuit à la fuite du jour. Je proclame la nuit plus véridique que le jour.<br />
C'est l'heure pure où dans les rues? Dieu fait germer la vie d'avant mémoire<br />
Tous les éléments amphibies rayonnants comme des soleils.<br />
Harlem Harlem ! Voici ce que j'ai vu Harlem Harlem ! Une brise verte de blés sourdre des pavés labourés par les pieds nus des danseurs Dans<br />
Croupes ondes de soie et seins de fers de lance, ballet de nénuphars et de masques fabuleux<br />
Aux pieds des chevaux de police, les mangues de l'amour rouler des maisons basses.<br />
Et j’ai vu le long des trottoirs des ruisseaux de rhum blanc des ruisseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares. <br />
J’ai vu le ciel neiger au soir des fleurs de coton et des ailes de séraphins et des panaches de sorciers. <br />
Ecoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre ta voix vibrante de hautbois, l’angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang <br />
Ecoute au loin battre ton cœur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam.<br />
<br />
III<br />
<br />
New York ! Je dis New York, laisse affluer le sang noir dans ton sang<br />
Qu'il dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie<br />
Qu'il donne à tes ponts la courbe des croupes et la souplesse des lianes.<br />
Voici revenir les temps très anciens, l'unité retrouvée la réconciliation du Lion du Taureau et de l'Arbre<br />
L'idée liée à l'acte à l'oreille au coeur le signe au sens.<br />
Voilà tes fleuves bruissants de caïmans musqués et de lamantins aux yeux de mirages. Et nul besoin d'inventer les Sirènes.<br />
Mais il suffit d'ouvrir les yeux à l'arc-en-ciel d'avril<br />
Et les oreilles, surtout les oreilles à Dieu qui d'un rire de saxophone créa le ciel et la terre en six jours.<br />
Et le septième jour, il dormit du grand sommeil nègre.]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080608183301/aujourd-hui-leopold-sedar-senghor-1906-2001/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-08T18:33:01+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080601200725/aujourd-hui-joe-bousquet-1897-1950/"><title>Aujourd'hui : Joë Bousquet (1897/1950)</title><description>

Le déshérité

On voit à peine son visage
Les malheureux n'ont l'air de rien
Son père dit qu'il n'a plus d'âge
Sa mère dit je l'aimais bien

Des jours brisés qu'il se rappelle
Il n'est pas sûr qu'il ait souffert
Tans sa douleur est naturelle
Son sourire est mort l'autre hiver

Il pleut des jours le jour en pleure
L'avril périt de ses parfums
Et comme lui les regrets meurent
Sait-on d'un mort s'il fut quelqu'un

Ils iront le voir à l'asile
Il a des frères il a des soeurs
Jouer aux sous dans sa sébile
Nul ne peut rien à son malheur

S'il a vécu comme personne
Souvenez-vous par charité
Qu'un monstre attend qu'on lui pardonne
L'affreux bonheur d'avoir été

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080601-142954034842e50e3ae67.jpg" width="130" height="186" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Le déshérité</B></CENTER><br />
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On voit à peine son visage<br />
Les malheureux n'ont l'air de rien<br />
Son père dit qu'il n'a plus d'âge<br />
Sa mère dit je l'aimais bien<br />
<br />
Des jours brisés qu'il se rappelle<br />
Il n'est pas sûr qu'il ait souffert<br />
Tans sa douleur est naturelle<br />
Son sourire est mort l'autre hiver<br />
<br />
Il pleut des jours le jour en pleure<br />
L'avril périt de ses parfums<br />
Et comme lui les regrets meurent<br />
Sait-on d'un mort s'il fut quelqu'un<br />
<br />
Ils iront le voir à l'asile<br />
Il a des frères il a des soeurs<br />
Jouer aux sous dans sa sébile<br />
Nul ne peut rien à son malheur<br />
<br />
S'il a vécu comme personne<br />
Souvenez-vous par charité<br />
Qu'un monstre attend qu'on lui pardonne<br />
L'affreux bonheur d'avoir été<br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080601200725/aujourd-hui-joe-bousquet-1897-1950/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-06-01T20:07:25+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080528193853/aujourd-hui-philippe-soupault-1897-1990/"><title>Aujourd'hui : Philippe Soupault (1897/1990)</title><description>

Swanee

Mes mains tremblent 
comme celles d'un brave garçon d'alcoolique 
pour les caresses 
mes cheveux tombent 
comme des larmes 
comme des plumes 
et mes dents sont noires de colère
On voit des petits champs de courses 
et de vastes champs de tabac 
dans mes yeux 
on voit des orangers en fleurs 
des buissons de monnaie-du-pape 
quand je ris 
quand je pleure 
on ne voit rien 
Quatre Quatre Quatre
Ma vie est un bouton de nacre
Ma vie est un enfant à quatre pattes
Ces histoires que l'on raconte 
et toutes celles qu'on racontera 
sont longues
Comme des fumées sans feu
Et puis il y a moi
Mes oreilles sont bien à moi
Comme mes oiseaux 
et posées sur le visage pour l'esthétique
On dit oui on dit non 
et je me cache dans la fumée 
de ma bonne cigarette 
qui craque 
et qui dit oui et qui dit non 
quand j'enfile mon veston 
et qu'avec toute la gravité désirable 
je prends un peigne le matin 
je ne regarde pas dans la glace 
en disant Quel joli garçon 
mais je vois une petite pendule 
qui fait tac tac 
et qui m'ennuie Swanee 
comme le calendrier de mon grand-père

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080528-1073463167483d993df17d8.jpg" width="130" height="172" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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<B><CENTER>Swanee</CENTER></B><br />
<br />
Mes mains tremblent <br />
comme celles d'un brave garçon d'alcoolique <br />
pour les caresses <br />
mes cheveux tombent <br />
comme des larmes <br />
comme des plumes <br />
et mes dents sont noires de colère<br />
On voit des petits champs de courses <br />
et de vastes champs de tabac <br />
dans mes yeux <br />
on voit des orangers en fleurs <br />
des buissons de monnaie-du-pape <br />
quand je ris <br />
quand je pleure <br />
on ne voit rien <br />
Quatre Quatre Quatre<br />
Ma vie est un bouton de nacre<br />
Ma vie est un enfant à quatre pattes<br />
Ces histoires que l'on raconte <br />
et toutes celles qu'on racontera <br />
sont longues<br />
Comme des fumées sans feu<br />
Et puis il y a moi<br />
Mes oreilles sont bien à moi<br />
Comme mes oiseaux <br />
et posées sur le visage pour l'esthétique<br />
On dit oui on dit non <br />
et je me cache dans la fumée <br />
de ma bonne cigarette <br />
qui craque <br />
et qui dit oui et qui dit non <br />
quand j'enfile mon veston <br />
et qu'avec toute la gravité désirable <br />
je prends un peigne le matin <br />
je ne regarde pas dans la glace <br />
en disant Quel joli garçon <br />
mais je vois une petite pendule <br />
qui fait tac tac <br />
et qui m'ennuie Swanee <br />
comme le calendrier de mon grand-père<br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080528193853/aujourd-hui-philippe-soupault-1897-1990/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-05-28T19:38:53+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080523181959/aujourd-hui-pierre-reverdy-1889-1960/"><title>Aujourd'hui : Pierre Reverdy (1889/1960)</title><description>

Chemin tournant

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps 
Un vent du sud avec de fortes ailes 
Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant 
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant des voix rugueuses qui se plaignent 
Un goût de cendre sur la langue 
Un bruit d'orgue dans les sentiers 
Le navire du coeur qui tangue 
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s'éteignent un à un 
Quand les yeux sont mouillés comme des brins d'herbe 
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles Le matin à peine levé 
Il y a quelqu'un qui cherche 
Une adresse perdue dans le chemin caché 
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent 
A travers les branches cassées 
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte règle le mouvement et pousse l'horizon 
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent 
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons 
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête 
Des visages vivants
        Tout ce qui s'est passé au monde
Et cette fête
    Où j'ai perdu mon temps
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080523-19275948474836ee5ed5f57.jpg" width="130" height="181" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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<B><CENTER>Chemin tournant</CENTER></B><br />
<br />
Il y a un terrible gris de poussière dans le temps <br />
Un vent du sud avec de fortes ailes <br />
Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant <br />
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant des voix rugueuses qui se plaignent <br />
Un goût de cendre sur la langue <br />
Un bruit d'orgue dans les sentiers <br />
Le navire du coeur qui tangue <br />
Tous les désastres du métier<br />
<br />
Quand les feux du désert s'éteignent un à un <br />
Quand les yeux sont mouillés comme des brins d'herbe <br />
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles Le matin à peine levé <br />
Il y a quelqu'un qui cherche <br />
Une adresse perdue dans le chemin caché <br />
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent <br />
A travers les branches cassées <br />
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées<br />
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte règle le mouvement et pousse l'horizon <br />
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent <br />
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons <br />
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête <br />
Des visages vivants<br />
        Tout ce qui s'est passé au monde<br />
Et cette fête<br />
    Où j'ai perdu mon temps<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080523181959/aujourd-hui-pierre-reverdy-1889-1960/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-05-23T18:19:59+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080522191313/aujourd-hui-leon-paul-fargue-1876-1947/"><title>Aujourd'hui : Léon-Paul Fargue (1876/1947)</title><description>

Orgue sous la fenêtre

Celle qui sut broder ton coeur, à la fenêtre,
Longtemps, contre son coeur, tu ne la verras plus...

...Un gamin joue et crie
Dans le coin chaud et blond
Où le soleil décrit
Les choses qui y sont...

L'orgue monte sa plainte où danse un coeur brisé
Comme sur les jets d'eau des tirs
L'oeuf tant visé...

Cette valse dut plaire à l'archiduc Rodolphe...
Des spectres ont ouvert dans l'ombre leur croisée...

Un frêle geste allume
La lampe aux yeux baissés...
Une rougeur affleure aux marches de la nuit...

Sur quel Sable d'Olonne ou dans quel Dieulouard
Trouverai-je l'oubli de ton visage pâle...

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080522-2857776724835a9495f0df.jpg" width="130" height="177" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>Orgue sous la fenêtre</CENTER></B><br />
<br />
Celle qui sut broder ton coeur, à la fenêtre,<br />
Longtemps, contre son coeur, tu ne la verras plus...<br />
<br />
...Un gamin joue et crie<br />
Dans le coin chaud et blond<br />
Où le soleil décrit<br />
Les choses qui y sont...<br />
<br />
L'orgue monte sa plainte où danse un coeur brisé<br />
Comme sur les jets d'eau des tirs<br />
L'oeuf tant visé...<br />
<br />
Cette valse dut plaire à l'archiduc Rodolphe...<br />
Des spectres ont ouvert dans l'ombre leur croisée...<br />
<br />
Un frêle geste allume<br />
La lampe aux yeux baissés...<br />
Une rougeur affleure aux marches de la nuit...<br />
<br />
Sur quel Sable d'Olonne ou dans quel Dieulouard<br />
Trouverai-je l'oubli de ton visage pâle...<br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080522191313/aujourd-hui-leon-paul-fargue-1876-1947/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-05-22T19:13:13+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080518203625/aujourd-hui-aristide-bruant-1851-1925/"><title>Aujourd'hui : Aristide Bruant (1851/1925)</title><description>

A la Goutte d'Or.

En ce temps-là dans chaqu' famille
On blanchissait de mère en fille
Maintenant on blanchit encor
A la Goutt' d'Or

Elle était encor' demoiselle,
Grand-Maman, la belle Isabelle
Quand elle épousa l'grand Nestor,
A la Goutt' d'Or

Et maman Pauline était sage
Le jour qu'elle se mit en ménage
Avec papa le p'tit Victor
A la Goutt' d'Or

A c't' époque-là tout's les fillettes
Les goss'lines, les gigolettes
S'mariaient tout's avec leur trésor
A la Goutt' d'Or

A's s'contentaient l'jour de leur noce
D'un' petit' toilett' pas féroce
Et d'un' jeannette en similor
A la Goutt' d'Or

Leur fallait pas un mari pâle
Mais un garçon d'lavoir... un mâle...
Bien râblé... même un peu butor
A la Goutt' d'Or

Aujourd'hui faut à ces d'moiselles
Des machins avec des dentelles
Et des vrais bijoux en vrai or
A la Goutt' d'Or

Leur faut des jeun's homm's en casquettes
Des rouquins qu'ont des rouflaquettes
Collés sur un' têt' d'hareng saur
A la Goutt' d'Or

Et v'là pourquoi tout's les fillettes
Les goss'lines, les gigolettes
S'marient pus avec leur trésor
A la Goutt' d'Or



</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080518-5631050754830762ec4982.jpg" width="130" height="184" border="1" alt="" title="" /></div><br />
<br />
<B><CENTER>A la Goutte d'Or.</CENTER></B><br />
<br />
En ce temps-là dans chaqu' famille<br />
On blanchissait de mère en fille<br />
Maintenant on blanchit encor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Elle était encor' demoiselle,<br />
Grand-Maman, la belle Isabelle<br />
Quand elle épousa l'grand Nestor,<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Et maman Pauline était sage<br />
Le jour qu'elle se mit en ménage<br />
Avec papa le p'tit Victor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
A c't' époque-là tout's les fillettes<br />
Les goss'lines, les gigolettes<br />
S'mariaient tout's avec leur trésor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
A's s'contentaient l'jour de leur noce<br />
D'un' petit' toilett' pas féroce<br />
Et d'un' jeannette en similor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Leur fallait pas un mari pâle<br />
Mais un garçon d'lavoir... un mâle...<br />
Bien râblé... même un peu butor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Aujourd'hui faut à ces d'moiselles<br />
Des machins avec des dentelles<br />
Et des vrais bijoux en vrai or<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Leur faut des jeun's homm's en casquettes<br />
Des rouquins qu'ont des rouflaquettes<br />
Collés sur un' têt' d'hareng saur<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
Et v'là pourquoi tout's les fillettes<br />
Les goss'lines, les gigolettes<br />
S'marient pus avec leur trésor<br />
A la Goutt' d'Or<br />
<br />
<br />
<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080518203625/aujourd-hui-aristide-bruant-1851-1925/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-05-18T20:36:25+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080510194008/aujourd-hui-clement-magloire-saint-aude-1912-1971/"><title>Aujourd'hui : Clément Magloire-Saint-Aude (1912/1971)</title><description>

Dimanche

A l'horizon des fièvres
Pour la voix au bal du poète.

Le poète, chat lugubre, au rire de chat.

Le coeur, léché, fêlé par les veilles.

Dites aux litanies délacées Edith
Le lieu le buste au gré de mon reflet.

Cloué, incomplet aux éventails
Dans ma douceur more.

Torpeur dans mon sang déganté sans amour.

Après-midi dénués à tire d'ailes.

Je descends, indécis, sans indices,
Feutré, ouaté, loué, au ras des pôles...

</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080510-5081186364825ddb901edb.jpg" width="130" height="189" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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<B><CENTER>Dimanche</CENTER></B><br />
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A l'horizon des fièvres<br />
Pour la voix au bal du poète.<br />
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Le poète, chat lugubre, au rire de chat.<br />
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Le coeur, léché, fêlé par les veilles.<br />
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Dites aux litanies délacées Edith<br />
Le lieu le buste au gré de mon reflet.<br />
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Cloué, incomplet aux éventails<br />
Dans ma douceur more.<br />
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Torpeur dans mon sang déganté sans amour.<br />
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Après-midi dénués à tire d'ailes.<br />
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Je descends, indécis, sans indices,<br />
Feutré, ouaté, loué, au ras des pôles...<br />
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]]></content:encoded><link>http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080510194008/aujourd-hui-clement-magloire-saint-aude-1912-1971/</link><dc:creator>Anthologie-Cruelle</dc:creator><dc:date>2008-05-10T19:40:08+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.anthologie-cruelle.gayattitude.com/20080506202027/aujourd-hui-jacques-prevert-1900-1977/"><title>Aujourd'hui : Jacques Prévert (1900/1977)</title><description>

Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris-France 
  
Ceux qui pieusement... 
Ceux qui copieusement... 
Ceux qui tricolorent 
Ceux qui inaugurent 
Ceux qui croient 
Ceux qui croient croire 
Ceux qui croa-croa 
Ceux qui ont des plumes 
Ceux qui grignotent 
Ceux qui andromaquent 
Ceux qui dreadnoughtent 
Ceux qui majusculent 
Ceux qui chantent en mesure 
Ceux qui brossent à reluire 
Ceux qui ont du ventre 
Ceux qui baissent les yeux 
Ceux qui savent découper le poulet 
Ceux qui sont chauves à l'intérieur de la tête 
Ceux qui bénissent les meutes 
Ceux qui font les honneurs du pied 
Ceux qui debout les morts  
Ceux qui baïonnette... on 
Ceux qui donnent des canons aux enfants 
Ceux qui donnent des enfants aux canons 
Ceux qui flottent et ne sombrent pas 
Ceux qui ne prennent pas le Pirée pour un homme 
Ceux que leurs ailes de géants empêchent de voler 
Ceux qui plantent en rêve des tessons de bouteille sur la grande muraille de Chine 
Ceux qui mettent un loup sur leur visage quand ils mangent du mouton 
Ceux qui volent des neufs et qui n'osent pas les faire cuire 
Ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de Mont Blanc, trois cents de Tour Eiffel, vingt-cinq centimètres de tour de poitrine et qui en sont fiers 
Ceux qui mamellent de la France 
Ceux qui courent, volent et nous vengent, tous ceux-là, et beaucoup d'autres entraient fièrement à l'Élysée en faisant craquer les graviers, tous ceux-là se bousculaient, se dépêchaient, car il y avait un grand dîner de têtes et chacun s'était fait celle qu'il voulait. 
L'un une tête de pipe en terre, l'autre une tête d'amiral anglais, il y en avait avec des têtes de boule puante, des têtes de galliffet, des têtes d'animaux malades de la tête, des têtes d'Auguste Comte, des têtes de Rouget de Lisle, des têtes de Sainte Thérèse, des têtes de fromage de tête, des têtes de pied, des têtes de monseigneur et des têtes de crémier. 
Quelques-uns, pour faire rire le monde, portaient sur leurs épaules de charmants visages de veaux, et ces visages étaient si beaux et si tristes, avec les petites herbes vertes dans le creux des oreilles comme le goémon dans le creux des rochers, que personne ne les remarquait. 
Une mère à tête de morte montrait en riant sa fille à tête d'orpheline au vieux diplomate ami de la famille qui s'était fait la tête de Soleilland. 
C'était véritablement délicieusement charmant et d'un goût si sûr que lorsque arriva le Président avec une somptueuse tête d'œuf de Colomb ce fut du délire. 
&quot;C'était simple, mais il fallait y penser&quot;, dit le Président en dépliant sa serviette et devant tant de malice et de simplicité les invités ne peuvent maîtriser leur émotion ; à travers des yeux cartonnés de crocodile un gros industriel verse de véritables larmes de joie, un plus petit mordille la table, de jolies femmes se frottent les seins très doucement et l'amiral, emporté par son enthousiasme, boit sa flûte de champagne par le mauvais côté, croque le pied de la flûte et, l'intestin perforé, meurt debout, cramponné au bastingage de sa chaise en criant : &quot;Les enfants d'abord.&quot; 
Étrange hasard, la femme du naufragé, sur les conseils de sa bonne, s'était, le matin même, confectionné une étonnante tête de veuve de guerre, avec les deux grands plis d'amertume de chaque côté de la bouche, et les deux petites poches de la douleur, grises sous les yeux bleus. 
Dressée sur sa chaise, elle interpelle le président et réclame à grands cris l'allocation militaire et le droit de porter sur sa robe du soir le sextant du défunt en sautoir. 
Un peu calmée elle laisse ensuite son regard de femme seule errer sur la table et voyant parmi les hors-d'œuvre des filets de harengs, elle en prend machinalement en sanglotant, puis en reprend, pensant à l'amiral qui n'en mangeait pas si souvent de son vivant et qui pourtant les aimait tant. Stop. C'est le chef du protocole qui dit qu'il faut s'arrêter de manger, car le président va parler. 
Le président s'est levé, il a brisé le sommet de sa coquille avec son couteau pour avoir moins chaud, un tout petit peu moins chaud. 
Il parle et le silence est tel qu'on entend les mouches voler et qu'on les entend si distinctement voler qu'on n'entend plus du tout le président parler, et c'est bien regrettable parce qu'il parle des mouches, précisément, et de leur incontestable utilité dans tous les domaines et dans le domaine colonial en particulier. 
&quot;...car sans les mouches, pas de chasse-mouches, sans chasse-mouches pas de Dey d'Alger, pas de consul... pas d'affront à venger, pas d'oliviers, pas d'Algérie, pas de grandes chaleurs, messieurs, et les grandes chaleurs, c'est la santé des voyageurs, d'ailleurs...&quot; 
Mais quand les mouches s'ennuient elles meurent, et toutes ces histoires d'autrefois, toutes ces statistiques les emplissant d'une profonde tristesse, elles commencent par lâcher une patte du plafond, puis l'autre, et tombent comme des mouches, dans les assiettes... sur les plastrons, mortes comme le dit la chanson. 
&quot;La plus noble conquête de l'homme, c'est le cheval, dit le président, et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là.&quot; 
C'est la fin du discours ; comme une orange abîmée lancée très fort contre un mur par un gamin mal élevé, la MARSEILLAISE éclate et tous les spectateurs, éclaboussés par le vert-de-gris et les cuivres, se dressent congestionnés, ivres d'Histoire de France et de Pontet-Canet. 
Tous sont debout, sauf l'homme à tête de Rouget de Lisle qui croit que c'est arrivé et qui trouve qu'après tout ce n'est pas si mal exécuté et puis, peu à peu, la musique s'est calmée et la mère à tête de morte en a profité pour pousser sa petite fille à tête d'orpheline du côté du président. 
Les fleurs à la main, l'enfant commence son compliment &quot;Monsieur le Président...&quot; mais l'émotion, la chaleur, les mouches, voilà qu'elle chancelle et qu'elle tombe le visage dans les fleurs, les dents serrées comme un sécateur. 
L'homme à tête de bandage herniaire et l'homme à tête de phlegmon se précipitent, et la petite est enlevée, autopsiée et reniée par sa mère, qui, trouvant sur le carnet de bal de l'enfant des dessins obscènes comme on n'en voit pas souvent, n'ose penser que c'est le diplomate ami de la famille et dont dépend la situation du père qui s'est amusé si légèrement. 
Cachant le carnet dans sa robe, elle se pique le sein avec le petit crayon blanc et pousse un long hurlement, et sa douleur fait peine à voir à ceux qui pensent qu'assurément voilà bien là la douleur d'une mère qui vient de perdre son enfant. 
Fière d'être regardée, elle se laisse aller, elle se laisse écouter, elle gémit, elle chante 
&quot;Où donc est-elle ma petite fille chérie, où donc est-elle ma petite Barbara qui donnait de l'herbe aux lapins et des lapins aux cobras !&quot; 
Mais le président, qui sans doute n'en est pas à son premier enfant perdu, fait un signe de la main et la fête continue. 
Et ceux qui étaient venus pour vendre du charbon et du blé vendent du charbon et du blé et de grandes îles entourées d'eau de tous côtés, de grandes îles avec des arbres à pneus et des pianos métalliques bien stylés pour qu'on n'entende pas trop les cris des indigènes autour des plantations quand les colons facétieux essaient après dîner leur carabine à répétition. 
Un oiseau sur l'épaule, un autre au fond du pantalon pour le faire rôtir, l'oiseau, un peu plus tard à la maison, les poètes vont et viennent dans tous les salons. 
&quot;C'est, dit l'un d'eux, réellement très réussi&quot;, mais dans un nuage de magnésium le chef du protocole est pris en flagrant délit, remuant une tasse de chocolat glacé avec une cuiller à café. 
&quot;Il n'y a pas de cuiller spéciale pour le chocolat glacé, c'est insensé, dit le préfet, on aurait dû y penser, le dentiste a bien son davier, le papier son coupe-papier et les radis roses leurs raviers.&quot; 
Mais soudain tous de trembler car un homme avec une tête d'homme est entré, un homme que personne n'avait invité et qui pose doucement sur la table la tête de Louis XVI dans un panier. 
C'est vraiment la grande horreur, les dents, les vieillards et les portes claquent de peur. 
&quot;Nous sommes perdus, nous avons décapité un serrurier&quot;, hurlent en glissant sur la rampe d'escalier les bourgeois de Calais dans leur chemise grise comme le cap Gris-Nez. 
La grande horreur, le tumulte, le malaise, la fin des haricots, l'état de siège et dehors en grande tenue les mains noires sous les gants blancs, le factionnaire qui voit dans les ruisseaux du sang et sur sa tunique une punaise pense que ça va mal et qu'il faut s'en aller s'il en est encore temps. 
&quot;J'aurais voulu, dit l'homme en souriant, vous apporter aussi les restes de la famille impériale qui repose, paraît-il, au caveau Caucasien rue Pigalle, mais les Cosaques qui pleurent, dansent et vendent à boire veillent jalousement leurs morts. 
&quot;On ne peut pas tout avoir, je ne suis pas Ruy Blas, je ne suis pas Cagliostro, je n'ai pas la boule de verre, je n'ai pas le marc de café. Je n'ai pas la barbe en ouate de ceux qui prophétisent. J'aime beaucoup rire en société, je parle ici pour les grabataires, je monologue pour les débardeurs, je phonographe pour les splendides idiots des boulevards extérieurs et c'est tout à fait par hasard si je vous rends visite dans votre petit intérieur. 
&quot;Premier qui dit : &quot;Et ta sœur&quot;, est un homme mort. Personne ne le dit, il a tort, c'était pour rire. 
&quot;Il faut bien rire un peu et si vous vouliez, je vous emmènerais visiter la ville mais vous avez peur des voyages, vous savez ce que vous savez et que la Tour de Pise est penchée et que le vertige vous prend quand vous vous penchez vous aussi à la terrasse des cafés. 
&quot;Et pourtant vous vous seriez bien amusés, comme le président quand il descend dans la mine, comme Rodolphe au tapis-franc quand il va voir le chourineur comme lorsque vous étiez enfant et qu'on vous emmenait au jardin des Plantes voir le grand tamanoir. 
&quot;Vous auriez pu voir les truands sans cour des miracles, les lépreux sans cliquette et les hommes sans chemise couchés sur les bancs, couchés pour un instant, car c'est défendu de rester là un peu longtemps. 
&quot;Vous auriez vu les hommes dans les asiles de nuit faire le signe de la croix pour avoir un lit, et les familles de huit enfants &quot;qui crèchent à huit dans une chambre&quot; et si vous aviez• été sages vous auriez eu la chance et le plaisir de voir le père qui se lève parce qu'il a sa crise, la mère qui meurt doucement sur son dernier enfant, le reste de la famille qui s'enfuit en courant et qui pour échapper à sa misère tente de se frayer un chemin dans le sang. 
&quot;Il faut voir, vous dis-je, c'est passionnant, il faut voir à l'heure où le bon Pasteur conduit ses brebis à la Villette, à l'heure où le fils de famille jette avec un bruit mou sa gourme sur le trottoir, à l'heure où les enfants qui s'ennuient changent de lit dans leur dortoir, il faut voir l'homme couché dans son lit-cage à l'heure où son réveil va sonner. 
&quot;Regardez-le, écoutez-le ronfler, il rêve, il rêve qu'il part en voyage, rêve que tout va bien, rêve qu'il a un coin, mais l'aiguille du réveil rencontre celle du train et l'homme levé plonge la tête dans la cuvette d'eau glacée si c'est l'hiver, fétide si c'est l'été. 
&quot;Regardez-le se dépêcher, boire son café-crème, entrer à l'usine, travailler, mais il n'est pas encore réveillé, le réveil n'a pas sonné assez fort, le café n'était pas assez fort, il rêve encore, rêve qu'il est en voyage, rêve qu'il a un coin, se penche par la portière et tombe dans un jardin, tombe dans un cimetière, se réveille et crie comme une bête, deux doigts lui manquent, la machine l'a mordu, il n'était pas là pour rêver et comme vous pensez ça devait arriver. 
&quot;Vous pensez même que ça n'arrive pas souvent et qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, vous pensez qu'un tremblement de terre en Nouvelle-Guinée n'empêche pas la vigne de pousser en France, les fromages de se faire et la terre de tourner. 
&quot;Mais je ne vous ai pas demandé de penser ; je vous ai dit de regarder, d'écouter, pour vous habituer, pour n'être pas surpris d'entendre craquer vos billards le jour où les vrais éléphants viendront reprendre leur ivoire. 
&quot;Car cette tête si peu vivante que vous remuez sous le carton mort, cette tête blême sous le carton drôle, cette tête avec toutes ses rides, toutes ses grimaces instruites, un jour vous la hocherez avec un air détaché du tronc et quand elle tombera dans la sciure vous ne direz ni oui ni non. 
&quot;Et si ce n'est pas vous ce sera quelques-uns des vôtres, car vous connaissez les fables avec vos bergers et vos chiens, et ce n'est pas la vaisselle cérébrale qui vous manque. 
&quot;Je plaisante, mais vous savez, comme dit l'autre, un rien suffit à changer le cours des choses. Un peu de fulmi-coton dans l'oreille d'un monarque malade et le monarque explose. La reine accourt à son chevet. Il n'y a pas de chevet. Il n'y a plus de palais. Tout est plutôt ruine et deuil. La reine sent sa raison sombrer. Pour la réconforter, un inconnu avec un bon sourire, lui donne le mauvais café. La reine en prend, la reine en meurt et les valets collent des étiquettes sur les bagages des enfants. L'homme au bon sourire revient, ouvre la plus grande malle, pousse les petits princes dedans, met le cadenas à la malle, la malle à la consigne et se retire en se frottant les mains. 
&quot;Et quand je dis, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs : &quot;le Roi, la Reine, les petits princes&quot;, c'est pour envelopper les choses, car on ne peut pas raisonnablement blâmer les régicides qui n'ont pas de roi sous la main, s'ils exercent parfois leurs dons dans leur entourage immédiat. 
&quot;Particulièrement parmi ceux qui pensent qu'une poignée de riz suffit à nourrir toute une famille de Chinois pendant de longues années. 
&quot;Parmi celles qui ricanent dans les expositions parce qu'une femme noire porte dans son dos un enfant noir et qui portent depuis six ou sept mois dans leur ventre blanc un enfant blanc et mort. 
&quot;Parmi les trente mille personnes raisonnables composées d'une âme et d'un corps, qui défilèrent le Six Mars à Bruxelles, musique militaire en tête, devant le monument élevé au Pigeon-Soldat et parmi celles qui défileront demain à Brive-la-Gaillarde, à Rosa-la-Rose ou à Carpa-la Juive devant le monument du jeune et veau marin qui périt à la guerre comme tout un chacun.&quot; 
Mais une carafe lancée de loin par un colombophile indigné touche en plein front l'homme qui racontait comment il aimait rire. Il tombe, le Pigeon-Soldat est vengé. Les cartonnés officiels écrasent la tête de l'homme à coups de pied et la jeune fille qui trempe en souvenir le bout de son ombrelle dans le sang éclate d'un petit rire charmant, la musique reprend. 
La tête de l'homme est rouge comme une tomate trop rouge, au bout d'un nerf un œil pend, mais sur le visage démoli, l'œil vivant, le gauche, brille comme une lanterne sur des ruines. 
&quot;Emportez-le&quot;, dit le Président, et l'homme couché sur une civière et le visage caché par une pèlerine d'agent sort de l'Élysée horizontalement, un homme derrière lui, un autre devant. 
&quot;Il faut bien rire un peu&quot;, dit-il au factionnaire et le factionnaire le regarde passer avec ce regard figé qu'ont parfois les bons vivants devant les mauvais. 
Découpée dans le rideau de fer de la pharmacie une étoile de lumière brille et comme des rois mages en mal d'enfant jésus, les garçons bouchers, les marchands d'édredons et tous les hommes de cœur contemplent l'étoile qui leur dit que l'homme est à l'intérieur, qu'il n'est pas tout à fait mort, qu'on est en train peut-être de le soigner et tous attendent qu'il sorte avec l'espoir de l'achever. 
Ils attendent, et bientôt, à quatre pattes à cause de la trop petite ouverture du rideau de fer, le juge d'instruction pénètre dans la boutique, le pharmacien l'aide à se relever et lui montre l'homme mort, la tête appuyée sur le pèse-bébé. 
Et le juge se demande, et le pharmacien regarde le juge se demander si ce n'est pas le même homme qui jeta des confettis sur le corbillard du maréchal et qui jadis, plaça la machine infernale sur le chemin du petit caporal. 
Et puis ils parlent de leurs petites affaires, de leurs enfants, de leurs bronches ; le jour se lève, on tire les rideaux chez le Président. 
Dehors, c'est le printemps, les animaux, les fleurs, dans les bois de Clamart on entend les clameurs des enfants qui se marrent, c'est le printemps, l'aiguille s'affole dans sa boussole, le binocard entre au bocard  et la grande dolichocéphale sur son sofa s'affale et fait la folle. 
Il fait chaud. Amoureuses les allumettes tisons se vautrent sur leur frottoir, c'est le printemps, l'acné des collégiens et voilà la fille du sultan et le dompteur de mandragores, voilà les pélicans, les fleurs sur les balcons, voilà les arrosoirs, c'est la belle saison. 
Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine, 
ceux qui écaillent le poisson 
ceux qui mangent la mauvaise viande 
ceux qui fabriquent les épingles à cheveux 
ceux qui soufflent vides les bouteilles que d'autres boiront pleines 
ceux qui coupent le pain avec leur couteau ceux qui passent leurs vacances dans les usines ceux qui ne savent pas ce qu'il faut dire 
ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait ceux qu'on n'endort pas chez le dentiste ceux qui crachent leurs poumons dans le métro 
ceux qui fabriquent dans les caves les Stylos avec lesquels d'autres écriront en plein air que tout va pour le mieux 
ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire ceux qui ont du travail 
ceux qui n'en ont pas ceux qui en cherchent 
ceux qui n'en cherchent pas 
ceux qui donnent à boire aux chevaux ceux qui regardent leur chien mourir 
ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire 
ceux qui l'hiver se chauffent dans les églises ceux que le suisse envoie se chauffer dehors ceux qui croupissent 
ceux qui voudraient manger pour vivre ceux qui voyagent sous les roues ceux qui regardent la Seine couler 
ceux qu'on engage, qu'on remercie, qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule, qu'on fouille, qu'on assomme 
ceux dont on prend les empreintes 
ceux qu'on fait sortir des rangs au hasard et qu'on fusille ceux qu'on fait défiler devant l'arc ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier 
ceux qui n'ont jamais vu la mer 
ceux qui sentent le lin parce qu'ils travaillent le lin ceux qui n'ont pas l'eau courante ceux qui sont voués au bleu horizon 
ceux qui jettent le sel sur la neige moyennant un salaire absolument dérisoire 
ceux qui vieillissent plus vite que les autres 
ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l'épingle ceux qui crèvent d'ennui le dimanche après-midi parce qu'ils voient venir le lundi et le mardi, et le mercredi, et le jeudi, et le vendredi, et le samedi et le dimanche après-midi. 
  
</description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/a/n/anthologie-cruelle/20080506-21052858194820a0fd4d7e8.jpg" width="130" height="189" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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<B><CENTER>Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France</CENTER></B> <br />
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Ceux qui pieusement... <br />
Ceux qui copieusement... <br />
Ceux qui tricolorent <br />
Ceux qui inaugurent <br />
Ceux qui croient <br />
Ceux qui croient croire <br />
Ceux qui croa-croa <br />
Ceux qui ont des plumes <br />
Ceux qui grignotent <br />
Ceux qui andromaquent <br />
Ceux qui dreadnoughtent <br />
Ceux qui majusculent <br />
Ceux qui chantent en mesure <br />
Ceux qui brossent à reluire <br />
Ceux qui ont du ventre <br />
Ceux qui baissent les yeux <br />
Ceux qui savent découper le poulet <br />
Ceux qui sont chauves à l'intérieur de la tête <br />
Ceux qui bénissent les meutes <br />
Ceux qui font les honneurs du pied <br />
Ceux qui debout les morts  <br />
Ceux qui baïonnette... on <br />
Ceux qui donnent des canons aux enfants <br />
Ceux qui donnent des enfants aux canons <br />
Ceux qui flottent et ne sombrent pas <br />
Ceux qui ne prennent pas le Pirée pour un homme <br />
Ceux que leurs ailes de géants empêchent de voler <br />
Ceux qui plantent en rêve des tessons de bouteille sur la grande muraille de Chine <br />
Ceux qui mettent un loup sur leur visage quand ils mangent du mouton <br />
Ceux qui volent des neufs et qui n'osent pas les faire cuire <br />
Ceux qui ont quatre mille huit cent dix mètres de Mont Blanc, trois cents de Tour Eiffel, vingt-cinq centimètres de tour de poitrine et qui en sont fiers <br />
Ceux qui mamellent de la France <br />
Ceux qui courent, volent et nous vengent, tous ceux-là, et beaucoup d'autres entraient fièrement à l'Élysée en faisant craquer les graviers, tous ceux-là se bousculaient, se dépêchaient, car il y avait un grand dîner de têtes et chacun s'était fait celle qu'il voulait. <br />
L'un une tête de pipe en terre, l'autre une tête d'amiral anglais, il y en avait avec des têtes de boule puante, des têtes de galliffet, des têtes d'animaux malades de la tête, des têtes d'Auguste Comte, des têtes de Rouget de Lisle, des têtes de Sainte Thérèse, des têtes de fromage de tête, des têtes de pied, des têtes de monseigneur et des têtes de crémier. <br />
Quelques-uns, pour faire rire le monde, portaient sur leurs épaules de charmants visages de veaux, et ces visages étaient si beaux et si tristes, avec les petites herbes vertes dans le creux des oreilles comme le goémon dans le creux des rochers, que personne ne les remarquait. <br />
Une mère à tête de morte montrait en riant sa fille à tête d'orpheline au vieux diplomate ami de la famille qui s'était fait la tête de Soleilland. <br />
C'était véritablement délicieusement charmant et d'un goût si sûr que lorsque arriva le Président avec une somptueuse tête d'œuf de Colomb ce fut du délire. <br />
"C'était simple, mais il fallait y penser", dit le Président en dépliant sa serviette et devant tant de malice et de simplicité les invités ne peuvent maîtriser leur émotion ; à travers des yeux cartonnés de crocodile un gros industriel verse de véritables larmes de joie, un plus petit mordille la table, de jolies femmes se frottent les seins très doucement et l'amiral, emporté par son enthousiasme, boit sa flûte de champagne par le mauvais côté, croque le pied de la flûte et, l'intestin perforé, meurt debout, cramponné au bastingage de sa chaise en criant : "Les enfants d'abord." <br />
Étrange hasard, la femme du naufragé, sur les conseils de sa bonne, s'était, le matin même, confectionné une étonnante tête de veuve de guerre, avec les deux grands plis d'amertume de chaque côté de la bouche, et les deux petites poches de la douleur, grises sous les yeux bleus. <br />
Dressée sur sa chaise, elle interpelle le président et réclame à grands cris l'allocation militaire et le droit de porter sur sa robe du soir le sextant du défunt en sautoir. <br />
Un peu calmée elle laisse ensuite son regard de femme seule errer sur la table et voyant parmi les hors-d'œuvre des filets de harengs, elle en prend machinalement en sanglotant, puis en reprend, pensant à l'amiral qui n'en mangeait pas si souvent de son vivant et qui pourtant les aimait tant. Stop. C'est le chef du protocole qui dit qu'il faut s'arrêter de manger, car le président va parler. <br />
Le président s'est levé, il a brisé le sommet de sa coquille avec son couteau pour avoir moins chaud, un tout petit peu moins chaud. <br />
Il parle et le silence est tel qu'on entend les mouches voler et qu'on les entend si distinctement voler qu'on n'entend plus du tout le président parler, et c'est bien regrettable parce qu'il parle des mouches, précisément, et de leur incontestable utilité dans tous les domaines et dans le domaine colonial en particulier. <br />
"...car sans les mouches, pas de chasse-mouches, sans chasse-mouches pas de Dey d'Alger, pas de consul... pas d'affront à venger, pas d'oliviers, pas d'Algérie, pas de grandes chaleurs, messieurs, et les grandes chaleurs, c'est la santé des voyageurs, d'ailleurs..." <br />
Mais quand les mouches s'ennuient elles meurent, et toutes ces histoires d'autrefois, toutes ces statistiques les emplissant d'une profonde tristesse, elles commencent par lâcher une patte du plafond, puis l'autre, et tombent comme des mouches, dans les assiettes... sur les plastrons, mortes comme le dit la chanson. <br />
"La plus noble conquête de l'homme, c'est le cheval, dit le président, et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là." <br />
C'est la fin du discours ; comme une orange abîmée lancée très fort contre un mur par un gamin mal élevé, la MARSEILLAISE éclate et tous les spectateurs, éclaboussés par le vert-de-gris et les cuivres, se dressent congestionnés, ivres d'Histoire de France et de Pontet-Canet. <br />
Tous sont debout, sauf l'homme à tête de Rouget de Lisle qui croit que c'est arrivé et qui trouve qu'après tout ce n'est pas si mal exécuté et puis, peu à peu, la musique s'est calmée et la mère à tête de morte en a profité pour pousser sa petite fille à tête d'orpheline du côté du président. <br />
Les fleurs à la main, l'enfant commence son compliment "Monsieur le Président..." mais l'émotion, la chaleur, les mouches, voilà qu'elle chancelle et qu'elle tombe le visage dans les fleurs, les dents serrées comme un sécateur. <br />
L'homme à tête de bandage herniaire et l'homme à tête de phlegmon se précipitent, et la petite est enlevée, autopsiée et reniée par sa mère, qui, trouvant sur le carnet de bal de l'enfant des dessins obscènes comme on n'en voit pas souvent, n'ose penser que c'est le diplomate ami de la famille et dont dépend la situation du père qui s'est amusé si légèrement. <br />
Cachant le carnet dans sa robe, elle se pique le sein avec le petit crayon blanc et pousse un long hurlement, et sa douleur fait peine à voir à ceux qui pensent qu'assurément voilà bien là la douleur d'une mère qui vient de perdre son enfant. <br />
Fière d'être regardée, elle se laisse aller, elle se laisse écouter, elle gémit, elle chante <br />
"Où donc est-elle ma petite fille chérie, où donc est-elle ma petite Barbara qui donnait de l'herbe aux lapins et des lapins aux cobras !" <br />
Mais le président, qui sans doute n'en est pas à son premier enfant perdu, fait un signe de la main et la fête continue. <br />
Et ceux qui étaient venus pour vendre du charbon et du blé vendent du charbon et du blé et de grandes îles entourées d'eau de tous côtés, de grandes îles avec des arbres à pneus et des pianos métalliques bien stylés pour qu'on n'entende pas trop les cris des indigènes autour des plantations quand les colons facétieux essaient après dîner leur carabine à répétition. <br />
Un oiseau sur l'épaule, un autre au fond du pantalon pour le faire rôtir, l'oiseau, un peu plus tard à la maison, les poètes vont et viennent dans tous les salons. <br />
"C'est, dit l'un d'eux, réellement très réussi", mais dans un nuage de magnésium le chef du protocole est pris en flagrant délit, remuant une tasse de chocolat glacé avec une cuiller à café. <br />
"Il n'y a pas de cuiller spéciale pour le chocolat glacé, c'est insensé, dit le préfet, on aurait dû y penser, le dentiste a bien son davier, le papier son coupe-papier et les radis roses leurs raviers." <br />
Mais soudain tous de trembler car un homme avec une tête d'homme est entré, un homme que personne n'avait invité et qui pose doucement sur la table la tête de Louis XVI dans un panier. <br />
C'est vraiment la grande horreur, les dents, les vieillards et les portes claquent de peur. <br />
"Nous sommes perdus, nous avons décapité un serrurier", hurlent en glissant sur la rampe d'escalier les bourgeois de Calais dans leur chemise grise comme le cap Gris-Nez. <br />
La grande horreur, le tumulte, le malaise, la fin des haricots, l'état de siège et dehors en grande tenue les mains noires sous les gants blancs, le factionnaire qui voit dans les ruisseaux du sang et sur sa tunique une punaise pense que ça va mal et qu'il faut s'en aller s'il en est encore temps. <br />
"J'aurais voulu, dit l'homme en souriant, vous apporter aussi les restes de la famille impériale qui repose, paraît-il, au caveau Caucasien rue Pigalle, mais les Cosaques qui pleurent, dansent et vendent à boire veillent jalousement leurs morts. <br />
"On ne peut pas tout avoir, je ne suis pas Ruy Blas, je ne suis pas Cagliostro, je n'ai pas la boule de verre, je n'ai pas le marc de café. Je n'ai pas la barbe en ouate de ceux qui prophétisent. J'aime beaucoup rire en société, je parle ici pour les grabataires, je monologue pour les débardeurs, je phonographe pour les splendides idiots des boulevards extérieurs et c'est tout à fait par hasard si je vous rends visite dans votre petit intérieur. <br />
"Premier qui dit : "Et ta sœur", est un homme mort. Personne ne le dit, il a tort, c'était pour rire. <br />
"Il faut bien rire un peu et si vous vouliez, je vous emmènerais visiter la ville mais vous avez peur des voyages, vous savez ce que vous savez et que la Tour de Pise est penchée et que le vertige vous prend quand vous vous penchez vous aussi à la terrasse des cafés. <br />
"Et pourtant vous vous seriez bien amusés, comme le président quand il descend dans la mine, comme Rodolphe au tapis-franc quand il va voir le chourineur comme lorsque vous étiez enfant et qu'on vous emmenait au jardin des Plantes voir le grand tamanoir. <br />
"Vous auriez pu voir les truands sans cour des miracles, les lépreux sans cliquette et les hommes sans chemise couchés sur les bancs, couchés pour un instant, car c'est défendu de rester là un peu longtemps. <br />
"Vous auriez vu les hommes dans les asiles de nuit faire le signe de la croix pour avoir un lit, et les familles de huit enfants "qui crèchent à huit dans une chambre" et si vous aviez• été sages vous auriez eu la chance et le plaisir de voir le père qui se lève parce qu'il a sa crise, la mère qui meurt doucement sur son dernier enfant, le reste de la famille qui s'enfuit en courant et qui pour échapper à sa misère tente de se frayer un chemin dans le sang. <br />
"Il faut voir, vous dis-je, c'est passionnant, il faut voir à l'heure où le bon Pasteur conduit ses brebis à la Villette, à l'heure où le fils de famille jette avec un bruit mou sa gourme sur le trottoir, à l'heure où les enfants qui s'ennuient changent de lit dans leur dortoir, il faut voir l'homme couché dans son lit-cage à l'heure où son réveil va sonner. <br />
"Regardez-le, écoutez-le ronfler, il rêve, il rêve qu'il part en voyage, rêve que tout va bien, rêve qu'il a un coin, mais l'aiguille du réveil rencontre celle du train et l'homme levé plonge la tête dans la cuvette d'eau glacée si c'est l'hiver, fétide si c'est l'été. <br />
"Regardez-le se dépêcher, boire son café-crème, entrer à l'usine, travailler, mais il n'est pas encore réveillé, le réveil n'a pas sonné assez fort, le café n'était pas assez fort, il rêve encore, rêve qu'il est en voyage, rêve qu'il a un coin, se penche par la portière et tombe dans un jardin, tombe dans un cimetière, se réveille et crie comme une bête, deux doigts lui manquent, la machine l'a mordu, il n'était pas là pour rêver et comme vous pensez ça devait arriver. <br />
"Vous pensez même que ça n'arrive pas souvent et qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, vous pensez qu'un tremblement de terre en Nouvelle-Guinée n'empêche pas la vigne de pousser en France, les fromages de se faire et la terre de tourner. <br />
"Mais je ne vous ai pas demandé de penser ; je vous ai dit de regarder, d'écouter, pour vous habituer, pour n'être pas surpris d'entendre craquer vos billards le jour où les vrais éléphants viendront reprendre leur ivoire. <br />
"Car cette tête si peu vivante que vous remuez sous le carton mort, cette tête blême sous le carton drôle, cette tête avec toutes ses rides, toutes ses grimaces instruites, un jour vous la hocherez avec un air détaché du tronc et quand elle tombera dans la sciure vous ne direz ni oui ni non. <br />
"Et si ce n'est pas vous ce sera quelques-uns des vôtres, car vous connaissez les fables avec vos bergers et vos chiens, et ce n'est pas la vaisselle cérébrale qui vous manque. <br />
"Je plaisante, mais vous savez, comme dit l'autre, un rien suffit à changer le cours des choses. Un peu de fulmi-coton dans l'oreille d'un monarque malade et le monarque explose. La reine accourt à son chevet. Il n'y a pas de chevet. Il n'y a plus de palais. Tout est plutôt ruine et deuil. La reine sent sa raison sombrer. Pour la réconforter, un inconnu avec un bon sourire, lui donne le mauvais café. La reine en prend, la reine en meurt et les valets collent des étiquettes sur les bagages des enfants. L'homme au bon sourire revient, ouvre la plus grande malle, pousse les petits princes dedans, met le cadenas à la malle, la malle à la consigne et se retire en se frottant les mains. <br />
"Et quand je dis, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs : "le Roi, la Reine, les petits princes", c'est pour envelopper les choses, car on ne peut pas raisonnablement blâmer les régicides qui n'ont pas de roi sous la main, s'ils exercent parfois leurs dons dans leur entourage immédiat. <br />
"Particulièrement parmi ceux qui pensent qu'une poignée de riz suffit à nourrir toute une famille de Chinois pendant de longues années. <br />
"Parmi celles qui ricanent dans les expositions parce qu'une femme noire porte dans son dos un enfant noir et qui portent depuis six ou sept mois dans leur ventre blanc un enfant blanc et mort. <br />
"Parmi les trente mille personnes raisonnables composées d'une âme et d'un corps, qui défilèrent le Six Mars à Bruxelles, musique militaire en tête, devant le monument élevé au Pigeon-Soldat et parmi celles qui défileront demain à Brive-la-Gaillarde, à Rosa-la-Rose ou à Carpa-la Juive devant le monument du jeune et veau marin qui périt à la guerre comme tout un chacun." <br />
Mais une carafe lancée de loin par un colombophile indigné touche en plein front l'homme qui racontait comment il aimait rire. Il tombe, le Pigeon-Soldat est vengé. Les cartonnés officiels écrasent la tête de l'homme à coups de pied et la jeune fille qui trempe en souvenir le bout de son ombrelle dans le sang éclate d'un petit rire charmant, la musique reprend. <br />
La tête de l'homme est rouge comme une tomate trop rouge, au bout d'un nerf un œil pend, mais sur le visage démoli, l'œil vivant, le gauche, brille comme une lanterne sur des ruines. <br />
"Emportez-le", dit le Président, et l'homme couché sur une civière et le visage caché par une pèlerine d'agent sort de l'Élysée horizontalement, un homme derrière lui, un autre devant. <br />
"Il faut bien rire un peu", dit-il au factionnaire et le factionnaire le regarde passer avec ce regard figé qu'ont parfois les bons vivants devant les mauvais. <br />
Découpée dans le rideau de fer de la pharmacie une étoile de lumière brille et comme des rois mages en mal d'enfant jésus, les garçons bouchers, les marchands d'édredons et tous les hommes de cœur contemplent l'étoile qui leur dit que l'homme est à l'intérieur, qu'il n'est pas tout à fait mort, qu'on est en train peut-être de le soigner et tous attendent qu'il sorte avec l'espoir de l'achever. <br />
Ils attendent, et bientôt, à quatre pattes à cause de la trop petite ouverture du rideau de fer, le juge d'instruction pénètre dans la boutique, le pharmacien l'aide à se relever et lui montre l'homme mort, la tête appuyée sur le pèse-bébé. <br />
Et le juge se demande, et le pharmacien regarde le juge se demander si ce n'est pas le même homme qui jeta des confettis sur le corbillard du maréchal et qui jadis, plaça la machine infernale sur le chemin du petit caporal. <br />
Et puis ils parlent de leurs petites affaires, de leurs enfants, de leurs bronches ; le jour se lève, on tire les rideaux chez le Président. <br />
Dehors, c'est le printemps, les animaux, les fleurs, dans les bois de Clamart on entend les clameurs des enfants qui se marrent, c'est le printemps, l'aiguille s'affole dans sa boussole, le binocard entre au bocard  et la grande dolichocéphale sur son sofa s'affale et fait la folle. <br />
Il fait chaud. Amoureuses les allumettes tisons se vautrent sur leur frottoir, c'est le printemps, l'acné des collégiens et voilà la fille du sultan et le dompteur de mandragores, voilà les pélicans, les fleurs sur les balcons, voilà les arrosoirs, c'est la belle saison. <br />
Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine, <br />
ceux qui écaillent le poisson <br />
ceux qui mangent la mauvaise viande <br />
ceux qui fabriquent les épingles à cheveux <br />
ceux qui soufflent vides les bouteilles que d'autres boiront pleines <br />
ceux qui coupent le pain avec leur couteau ceux qui passent leurs vacances dans les usines ceux qui ne savent pas ce qu'il faut dire <br />
ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait ceux qu'on n'endort pas chez le dentiste ceux qui crachent leurs poumons dans le métro <br />
ceux qui fabriquent dans les caves les Stylos avec lesquels d'autres écriront en plein air que tout va pour le mieux <br />
ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire ceux qui ont du travail <br />
ceux qui n'en ont pas ceux qui en cherchent <br />
ceux qui n'en cherchent pas <br />
ceux qui donnent à boire aux chevaux ceux qui regardent leur chien mourir <br />
ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire <br />
ceux qui l'hiver se chauffent dans les églises ceux que le suisse envoie se chauffer dehors ceux qui croupissent <br />
ceux qui voudraient manger pour vivre ceux qui voyagent sous les roues ceux qui regardent la Seine couler <br />
ceux qu'on engage, qu'on remercie, qu'on augmente, qu'on diminue, qu'on manipule, qu'on fouille, qu'on assomme <br />
ceux dont on prend les empreintes <br />
ceux qu'on fait sortir des rangs au hasard et qu'on fusille ceux qu'on fait défiler devant l'arc ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier <br />
ceux qui n'ont jamais vu la mer <br />
ceux qui sentent le lin parce qu'ils travaillent le lin ceux qui n'ont pas l'eau courante ceux qui sont voués au bleu horizon <br />
ceux qui jettent le sel sur la neige moyennant un salaire absolument dérisoire <br />
ceux qui vieillissent plus vite que les autres <br />
ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l'épingle ceux qui crèvent d'ennui le dimanche après-midi parce qu'ils voient venir le lundi et le mardi, et le mercredi, et le jeudi, et le vendredi, et le samedi et le dimanche après-midi. <br />
  <br />
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