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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

24/01/2008

24/01/08 - 19:59

Aujourd'hui : Marceline Desbordes-Valmore (1786/1859)



Les Roses de Saadi


J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées,
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

20/01/2008

20/01/08 - 19:12

Cher Prosper Dugommier ( courageux visiteur),

je me réjouis d'appartenir au cercle de jour en jour s'élargissant des privilégiés dont vous malaxez le scrotum.

Sachez toutefois qu'en dépit de mon âge avancé ce dernier n'est pas aussi fripé que vous semblez le supposer. Par ailleurs, dussè-je tempérer votre ardeur, j'ai l'habitude de choisir mes malaxeurs moi-même. Je vous serai donc reconnaissant, à l'avenir, de m'épargner vos commentaires.

Veuillez agréer, cher Prosper, l'expression de mon pet le plus poétique dans la figure.

Anthologie Pour Vous Servir.

19/01/2008

19/01/08 - 19:16

Aujourd'hui : Jean-Pierre Duprey (1930/1959)



De derrière les loups


Comme les loups hurlent la nuit resserre l’écrou,
La terre s’arrête de tourner
Pour que le ciel se mette debout.
Ce soir, la terre est transparente
Au soleil-deux, sang noir, vent glissant,
Déployé dans le sens
Du plus profond qui s’ouvre sur lui-même
En ses tours de cent visages.

Visage de derrière les loups
Où la nuit trépasse, passe
Un bras d’épouvante.
... Lisse comme un miroir
Où l’on se glace à la vague des yeux.

Le visage de derrière les loups,
Comme un silence vient à peine de maudire,
Sa vie d’espace
Dépasse déjà la cordillère des sens.

Frappe le visage, frappe
Le visage lisse comme une glace ;
Passe le couteau sur ton visage,
Prends ta vie par les deux bouts
Et fais la roue,
fais la roue...

11/01/2008

11/01/08 - 17:48

Aujourd'hui : Gil Jouanard (1937)



Jour sans évènement


Extrait


Lorsqu'on se trouve, en taxi, arrêté au feu placé à la hauteur de l'Hôtel-Dieu, à l'entrée de la place du Parvis de Notre-Dame, une perspective s'ouvre au regard : celle de la rue Saint-Jacques prolongée, au delà de la montée que l'on voit au loin, en rue du Faubourg Saint-Jacques. On a peine à croire qu'entre ces immeubles bourgeois du XIX° se pérennise la piste par laquelle, le jour déclinant, les mammouth venaient quotidiennement boire à la Seine. De quelle hauteur descendaient-ils dans la savane ? Broutaient-ils, le jour durant, entre la Montagne Sainte-Geneviève et Vaugirard ? Ou bien, de leur pas que rien n'arrêtait, balisaient-ils la forêt ininterrompue, des Pyrénées jusqu'aux Ardennes ? Voilà ce qu'on peut se demander, avachi au fond d'un taxi qui nous conduit vers d'autres rebondissements.

Paris, mars 1992.

02/01/2008

02/01/08 - 18:13

Aujourd'hui : Charles Baudelaire (1821/1867)



Ciel Brouillé


On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

O femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?