Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

26/08/2007

26/08/07 - 21:45

Aujourd'hui : Robert Desnos (1900/1945)



La liberté ou l'amour.


Extrait


« Oeil de Roger, bouche de Roger, mains, mains surtout, longues et pâles, mains de Roger, c'est à ces fragments d'un personnage adoré que je me raccroche ce soir comme les autres soirs où j'imagine ma mort avec tant d'exactitude que l'eau m'en vient à la bouche et que mes yeux se brouillent sans larmes.
« J'imagine Roger tel qu'il se présentait à mes yeux gonflés le matin, quand le jour cruel venait traîner ses manches sur nos fronts, éclairant le lit où nous nous étions réunis. Ses muscles polis et son front pur, son souffle régulier, le puissant et souple mouvement de sa poitrine, tout concourait à lui donner le physique de l'homme parfait, du mâle. Moi-même, si j'ai vieilli, ai conservé encore quelque vigueur et vous me croyez sans peine quand je vous dis que j'étais fort, agile et que ma taille élevée, sans embonpoint, mais point frêle, faisait de moi un assez beau spécimen de la race. C'était donc deux mâles qui, la nuit, combattaient sans trêve, l'un cédant à l'autre à tour de rôle. Notre pédérastie n'avait rien d'hybride et nous ne montrions, l'un à l'autre, que du mépris ou plutôt une ignorance méprisante pour les filles manquées. Nous les écartions de notre chemin ces coeurs de femelles, ces cervelles de papier-filtre. Nous nous éloignions soigneusement de leurs jardins, plantés d'iris, et de toute sentimentalité puérile et bête qui leur est propre comme les parfums bon marché aux bonnes à tout faire. Leur incommensurable bêtise nous faisait sourire et, si nous les défendions d'ordinaire contre le fameux bon sens de la masse normale au nom de la liberté individuelle et du principe que tout est licite en amour, nous combattions au nom du même principe l'exclusive dont certains d'entre nous frappent la femme, les uns par impuissance ou constitution pitoyable, les autres par stupidité. Roger et moi avions contracté l'ivresse de l'étreinte à la suite d'une querelle qui se termina en bataille, étreinte qui devint amoureuse quand, ayant constaté notre mutuelle incapacité à vaincre et, de ce fait, réconciliés, nous constatâmes que nos esprits antagonistes, eux aussi, étaient cependant de même plan et pouvaient, sans déchoir, s'affronter.
« Notre union dura plusieurs années durant lesquelles nos coeurs et nos âmes se battirent comme des lames précieuses, en s'affinant.
« Notre amour n'avait rien de platonique. Mes bras se rappellent exactement le contour de ses hanches et mes lèvres sont capables de reprendre la forme des siennes. Lui-même, s'il n'était pas mort, aurait gardé des souvenirs aussi précis que les miens. L'amour certain que j'ai rencontré ou éprouvé depuis pour les femmes dont certaines étaient admirables était de toute autre sorte. Le désir de vaincre, le nihilisme sous-entendu toujours par l'amour, varie suivant les armes employées. Roger et moi employions les mêmes, alors qu'avec les femmes il n'en va pas de même, tant il s'agit de vaincre une nature différente. Roger et moi nous eûmes durant des années la sensation de nous heurter à notre propre image dans un miroir idéal, car tous nos gestes, toutes nos pensées étaient annihilées par un geste, une pensée identiques et inévitables.
« Puis le destin, en l'espèce une quelconque maladie, l'enleva, comme l'on dit, et je n'ai plus entendu parler de lui. »

commentaires

26/08/07 - 21:53

Chouette: Anthologie cruelle est de retour !

26/08/07 - 22:02

;o)

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