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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

27/10/2007

27/10/07 - 20:09

Aujourd'hui : Claude Pélieu (1934/2002)



OPALE USA


Extrait


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Opale rouge arrive sans un mot
Opale rouge dans la fenêtre arc-en-ciel
Opale rouge comme Wildcat Creek
Opale rouge ruisselante de sel
Opale rouge comme la révolution
Opale rouge nue étendue sur le drapeau noir du temps
Opale rouge comme les larmes de lait
Opale orgue de tristesse
Opale fleur ouverte
Opale rouge comme la légende celte
Opale rouge comme Brocéliande
Opale envoûtement
Opale vision noire nommée vague
Opale essaim de seins truelle de lèvres
Opale yeux luisants comme les neiges
Opale meute de coquelicots
Opale meute de bruits blancs
Opale autour de minuit
Opale dérapant avec les brumes bleues de Wilcat Creek
Opale autour de minuit magnifique fusée blanche
Opale fabuleuse ouvre les écluses du sexe
Opale touche le ciel avec la pointe de son sein
Opale tout regard noir et rouge
Opale rouge oriflamme arc-en-ciel
Opale rouge comme le cristal chant-mémoire
Opale rouge ouverte comme le sommeil
Opale essaim d'yeux arrachés aux rêves
Opale corde raide dérapant autour de minuit
Opale écluse du regard
Opale sans un mot perdue dans le Métro de Neige
Opale sexe flamboyant
Opale nue caressée par la lumière de Wilcat Creek
Opale fièvre léchant les larmes d'une vision
Opale buvant le lait de ses jeunes années
Opale rondeurs d'avoines et magies
Opale meule de brume Vert Nil
Opale courbée sur le fruit rouge et noir
Opale tendue dans le jukebox émeraude
Opale toboggan de sperme
Opale bleue comme le sel des tristesses
Opale nommée vague par les yeux-pointes-Orients
Opale aux yeux nus
Opale se lève sans bruit au dessus de Big Sur
Opale échevelée comme les embruns du Pacifique
Opale Aube Fleur Cendrine Aux Bras Cardinaux
Opale Au Bois Dormant
Opale flottée par les déchirures
Opale s'endort dans une Buick sous la Lune Vague
Opale disparaît debout contre les portes de la nuit
Opale rouge comme un supplice
Opale rouge comme une géographie
Opale rouge je voudrais me taire
Opale rouge comme le ventre illuminé
Opale rouge survole la Baie Bleu-Cobalt
Opale rouge comme une corde
Opale comme un essaim de cris
Opale rouge belle-à-lier
Opale langue folle
Opale fièvre bue dans le creux d'une vision
Opale LSD meule de rire-toboggan
Opale-boomerang
Opale je voudrais renoncer à toute impression
Opale aux yeux d'Aube
Opale Candy Bar
Opale arrive avec le rouge des années
Opale je te vois grandir
Opale je te revois dans un rêve de viande crue
Opale chat sauvage
Opale envoûtement
Opale arc-en-ciel
Opale cristal de sommeil
Opale hallucinations et débris de lèvres


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13/10/2007

13/10/07 - 13:23

Aujourd'hui : Guillaume Apollinaire (1880/1918)



Le voyageur


A Fernand Fleuret

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l'Euripe

Tu regardais un banc de nuages descendre
Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futures
Et de tous ces regrets de tous ces repentirs
Te souviens-tu

Vagues poissons arqués fleurs submarines
Une nuit c'était la mer
Et les fleuves s'y répandaient

Je m'en souviens je m'en souviens encore

Un soir je descendis dans une auberge triste
Auprès de Luxembourg
Dans le fond de la salle il s'envolait un Christ
Quelqu'un avait un furet
Un autre un hérisson
L'on jouait aux cartes
Et toi tu m'avais oublié

Te souviens-tu du long orphelinat des gares
Nous traversâmes des villes qui tout le jour tournaient
Et vomissaient la nuit le soleil des journées
O matelots ô femmes sombres et vous mes compagnons
Souvenez-vous-en

Deux matelots qui ne s'étaient jamais quittés
Deux matelots qui ne s'étaient jamais parlé
Le plus jeune en mourant tomba sur le côté

O vous chers compagnons
Sonneries électriques des gares chant des moissonneuses
Traîneau d'un boucher régiment des rues sans nombre
Cavalerie des ponts nuits livides de l'alcool
Les villes que j'ai vues vivaient comme des folles

Te souviens-tu des banlieues et du troupeau plaintif des paysages

Les cyprès projetaient sous la lune leurs ombres
J'écoutais cette nuit au déclin de l'été
Un oiseau langoureux et toujours irrité
Et le bruit éternel d'un fleuve large et sombre

Mais tandis que mourants roulaient vers l'estuaire
Tous les regards tous les regards de tous les yeux
Les bords étaient déserts herbus silencieux
Et la montagne à l'autre rive était très claire

Alors sans bruit sans qu'on pût voir rien de vivant
Contre le mont passèrent des ombres vivaces
De profil ou soudain tournant leurs vagues faces
Et tenant l'ombre de leurs lances en avant

Les ombres contre le mont perpendiculaire
Grandissaient ou parfois s'abaissaient brusquement
Et ces ombres barbues pleuraient humainement
En glissant pas à pas sur la montagne claire

Qui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographies
Te souviens-tu du jour où une vieille abeille tomba dans le feu
C'était tu t'en souviens à la fin de l'été
Deux matelots qui ne s'étaient jamais quittés
L'aîné portait au cou une chaîne de fer
Le plus jeune mettait ses cheveux blonds en tresse

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l'Euripe