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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

29/03/2007

29/03/07 - 19:28

et s'il fallait...

Aujourd'hui : Jacques Rebotier (1950)



Litanie du coup de la foudre


1 je...
2 c'est lui !
3 j'en suis sûr
4 c'est lui, c'est lui
5 aussitôt j'ai su
6 à l'instant même où il
7 mon sang a fait son grand tour
8 à l'instant même où je l'ai vu
9 dès que je vous ai vu, tu m'as plu
10 dès qu'il m'a regardé, je n'ai plus pu
11 dès ce moment là je n'ai eu de cesse de
12 il a suffi que vous, il a suffi que tu
(oui...)
13 mon coeur l'a reconnu au premier coup de son oeil
14 c'était en bas, dans la rue, chez des amis, au café (il pleuvait)
15 son âme tout entière vaut le regard, le détour, voyage
16 je vous aime depuis que je vous ai vu avec vos cheveux
17 je vous aime depuis que tous ces yeux que vous m'avez balancés
18 je vous aime pour cette façon dont vous m'avez dit je vous aime
19 je vous aime sur mon coeur, sans les mains, sous les pieds, plus si affinité
20 je vous aime pour c'est comme si nous nous étions toujours déjà rencontrés
21 dès qu'il m'est apparu, tout de suite il m'a sauté aux yeux et il m'a fait les poches
22 je vous aime pour ce moi qui m'aimais toi qui t'aimais et nous qui n'avons vu que nous
23 j'aime votre tête, j'aime votre bec, et les plumes, et les ongles, j'aime son tronc
24 à l'instant où, sitôt que, dès cet instant dorénavant (c'est pas ça du tout)
25 je vous aime pour ma gorge s'est renouée, mon sang n'a fait qu'un, mes veines sont devenues bleues
26 vous m'avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche, du petit salé
27 je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu'à ce que mon plus grand silence apparaisse
28 c'était chez les organes, il pleuvait, c'était au café, dans une salle d'attente, c'était, c'était là
29 quand je pense que je nous attendais depuis temps de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là
30 pour ma sécurité ne tentez pas de monter en voiture au moment de ma fermeture et du chant du départ
31 pour votre félicité entrez sur vos mains courantes en marchant dans ma vie essuyez-vous les pieds (c'est pas ça non plus)
(non...)
32 pour ce qu'avant de quoi je n'existais pas, je ne vivais pas, je n'existais pas auparavant, je n'existais pas vraiment
(non, non vous ne pouvez pas dire cela, Rosalie)
33 je ne pense qu'à vous, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne pense plus, je ne pense qu'à nous, je ne pense plus qu'à moi
34 quand je pense, quand je pense que vous (pensez-vous...) quand j'y pense je me rappelle tant de choses, mais je n'y pense pas souvent



27/03/2007

27/03/07 - 18:38

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean Tardieu (1903/1995)



Voyage avec Monsieur Monsieur


Avec Monsieur Monsieur
je m'en vais en voyage.
Bien qu'ils n'existent pas
je porte leurs bagages.
Je suis seul il sont deux.

Lorsque le train démarre
je vois sur leur visage
la satisfaction
de rester immobiles
quand tout fuit autour d'eux.

Comme ils sont face à face
chacun a ses raisons.
L'un dit : les choses viennent
et l'autre : elles s'en vont.

Quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s'effacent ?
moi je dis qu'après nous
ne reste rien du tout.

- Voyez comme vous êtes !
lui répond le premier,
pour vous rien ne s'arrête
moi je vois l'horizon
de champs et de villages
longuement persister.
Nous sommes le passage
nous sommes la fumée...

C'est ainsi qu'ils devisent
et la conversation
devient si difficile
qu'ils perdent la raison.

Alors le train s'arrête
avec le paysage
alors tout se confond.


20/03/2007

20/03/07 - 19:00

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles Baudelaire (1821/1867)



A une malabaraise


Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
Est large à faire envie à la plus belle blanche;
A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ;
Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
D'acheter au bazar ananas et bananes.
Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;
Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,
Tu poses doucement ton corps sur une natte,
Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?
Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
Des cocotiers absents les fantômes épars !

19/03/2007

19/03/07 - 19:11

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Ludovic Janvier (1934)



Doucement avec l'ange


Pense à tes grimaces de fou entre les murs
à ta passion d'enfant puni pour le rien faire
à la honte de ton nom la honte de parler
à tes hurlements de rage en direction du monde
à tes longs pets les soirs de contrariété
au désespoir de jamais réussir à être toi
à tous ces ratés queue en main bel étonné
aux hommes évalués d'un sale oeil tout rancune
à ton envie quelquefois de mordre en pleine chair
à tes sursauts de peur au moindre bruit dans le silence
à tes adieux de lâches aux femmes abandonnées
à tes injures en secret vers les contradicteurs
aux bestioles massacrées à tes coups de pied au chien
à tes stations devant la glace en murmurant pauvre con
alors doucement avec l'ange hein doucement


15/03/2007

15/03/07 - 18:23

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Michel Bulteau (1949)



Position sociale


Je suis écrasé par une main géante
On m'a pris pour une mouche
La nuit est froide
Et sent un peu le sang
Il semble que je glisse
Dommage si c'est pour fuir l'insanité

J'en ai vu cent de mains
Dans mes yeux à facettes
S'abattre sur ma colère
On ne peut pas toujours supporter
La plate pensée des satisfaits

Pour le moment
Ils sont les plus forts
Ils seront toujours les plus forts
Nous n'avons pas compris
Que les esprits devaient s'unir
Les esprits pas les corps automatiques
S'unir et marcher contre
Ceux qui vous parlent
Avec des mots contaminés
Par leur position sociale

J'ai encore la science
Je sais comment lutter
Contre les faussaires
Mais à la première brise
Je me laisse emporter

Octobre 1993


12/03/2007

12/03/07 - 19:42

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : André Breton (1896/1966)



La maison d'Yves


La maison d'Yves Tanguy
Où l'on n'entre que la nuit

Avec la lampe tempête

Dehors le pays transparent
Un devin dans son élément

Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus

Et la toile de Jouy du ciel
Vous, chassez le surnaturel
Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus
Avec toutes les étoiles de sacrebleu

Elle est de lassos, de jambages
Couleur d'écrevisse à la nage
Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus
Avec toutes les étoiles de sacrebleu
Avec les tramways en tous sens ramenés à leurs seules antennes

L'espace lié, le temps réduit.
Ariane dans sa chambre-étui

Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus
Avec toutes les étoiles de sacrebleu
Avec les tramways en tous sens ramenés à leurs seules antennes
Avec la crinière sans fin de l'argonaute

Le service est fait par des sphinges
Qui se couvrent les yeux de linges
Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus
Avec toutes les étoiles de sacrebleu
Avec les tramways en tous sens ramenés à leurs seules antennes
Avec la crinière sans fin de l'argonaute
Avec le mobilier fulgurant du désert

On y meurtrit, on y guérit
On y complote sans abri

Avec la lampe tempête
Avec la scierie si laborieuse qu'on ne la voit plus
Avec toutes les étoiles de sacrebleu
Avec les tramways en tous sens ramenés à leurs seules antennes
Avec la crinière sans fin de l'argonaute
Avec le mobilier fulgurant du désert
Avec les signes qu'échangent de loin les amoureux

C'est la maison d'Yves Tanguy


11/03/2007

11/03/07 - 20:28

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean-Pierre Duprey (1930/1959)



La fuite temporelle


Extrait


1° JOUR

Voici le temps, basse époque !
Dans son lac, la liseuse dit : « La sirène vraie enfante ses petits par le vide. »
Basse époque des fonds.
Le temps est là, chrysalide dans l'oreille, moule de sable pour la main, le temps qui nous apprenant coeur par coeur, doigt par doigt, cheveu après cheveu, pour nous défaire et nous refaire au même endroit, copies après copies, sans que jamais nous puissions nous relire.
Ah cela !
Apportez-moi plutôt une corde pour me pendre la langue, une tenaille pour m'arracher quelques larmes.
L'araignée qui tisse sa vie avec le fil enroulé autour de mon cou n'a jamais dit quel désespoir la faisait rire au point qu'éclate le crocodile.
Quant à ses larmes recueillies au jardin, elles sont gardées précieusement dans la boite précieuse du mur où vit la voix qui ne dit rien, car elle sait, car elle nous vie, nous qui sommes si près, car elle nous vie si facilement.



08/03/2007

08/03/07 - 19:48

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles Baudelaire (1821/1867)



Les hiboux


Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement ;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.

07/03/2007

07/03/07 - 18:46

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Tristan Corbière (1845/1874)



Vésuve et Cie.


Pompeïa-station - Vésuve, est-ce encor toi ?
Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,
- Du bon temps où la foi transportait la montagne -
Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi ;

Tu te détachais noir, sur un fond transparent,
Et la lampe grillait les feux de ton cratère.
C'était le confesseur, dit-on, de ma grand'mère
Qui t'avait rapporté de Rome tout flambant...

Plus grand, je te revis à l'Opéra-Comique
- Rôle jadis créé par toi : Le Dernier Jour
De Pompeï - Ton feu s'en allait en musique,
On te soufflait ton rôle, et... tu ne fis qu'un four.

- Nous nous sommes revus : devant-de-cheminée,
À Marseille, en congé, sans musique, et sans feu ;
Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée
Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.

- Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne !
Je te rends ta visite, exprès, à la campagne.
Le vrai Vésuve est toi, puisqu'on m'a fait cent francs !
......................................
Mais les autres petits étaient plus ressemblants.

Pompei, aprile.