Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

30/11/2006

30/11/06 - 19:21

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujour'hui : Michel Leiris (1901/1990)



Une vie


Celui du clan qui mange du fromage
celle du clan qui boit du vin rosé
se sont mariés - il n'y a pas si longtemps - c'était la fin de l'âge
lente chute de l'époque triste où toutes les persiennes étaient fermées

Leur nuit de noces fut une pourriture vivante
un flux de sang
de sperme
mêlés de crachats
La fiancée secouant ses mèches enivrantes
s'endormi tard et soupira

Première augmentation c'est une neige de médailles
de faux cols blancs de jupons neufs et de pièces de dix francs
Premier enfant c'est une moisson sordide
d'épis de viande
d'osselets et d'excréments

Les dimanches passaient comme passent les couleuvres
souples et froides dans les herbes gluantes
d'une rosée aussi sale que la sueur du travail
distillée toute la semaine sous la magie d'un front en sang

Les enfants s'ajoutaient aux semaines
les semaines aux dimanches les habits aux années
habits coupés à coups de serpe dans le champ gris des manufactures lainières
dures et sombres et longues comme les jours d'été

Ils vieillirent
LUI perdit toute virilité se dessécha s'aigrit comme du lait
ELLE s'enroba d'un lourd manteau de crêpes de mi-carême
peu sculpturales
à rendre le veau gras jaloux

Cependant
l'horloge tintait semailles sur semailles
les enfants grandissaient devenaient plus bêtes que des oiseaux et de plus en plus laids
Les maisons constellées d'ordures ménagères
se renfrognaient
dans les rues en tringles de rideaux

Plus tard l'épouse fit la moue
parce qu'elle avait assez du lard et des prières
le mari s'enrhuma
puis se mit à saigner comme un boeuf de l'urèthre

Alors les chirurgiens taillèrent
les croquemorts vinrent
les vêtement noircirent
les enfants héritèrent
et trois mouches bleues volèrent aux fenêtres

commentaires

30/11/06 - 19:48

Superbe texte.

"...Les dimanches passaient comme passent les couleuvres
souples et froides dans les herbes gluantes
d'une rosée aussi sale que la sueur du travail..."
me renvoie à la Famille de Pascual Duarte, de C.J. Cela... Il y a des passerelles comme ça...

30/11/06 - 19:56

Joli choix (comme souvent)

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