et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !
Aujourd'hui : Saint Pol Roux (1861/1940)
DEVANT DU LINGE
ETENDU PAR MA MERE, AU VILLAGE
Linge étendu par les bras roses de maman !
Primitive épreuve de la cuve aux cendres de sarment.
Oeufs à la neige du savon...
Franches gifles du battoir...
Décisives caresses du puits...
Très pure corde allant de l'azerolier à ce trophée d'oreilles d'éléphants que semble le figuier...
Puis des épingles tutélaires...
Enfin, sur toutes les candeurs flottantes, les lingots subtils du soleil vierge...
Linge étendu par des bras roses !
Hosties...
Lins d'aubes...
Nénuphars de brise...
Pages de pâquerettes...
Pans de lune...
Parchemins aux vignettes d'insectes...
Linge étendu par des bras roses !
Ingénue senteur de lessive...
Cela monte ouvrir le colombier des souvenirs...
Et l'on perçoit des gestes blancs de revenants dans les mirages de jadis...
Et l'on savoure le bon lait des bercails révolus...
Linge étendu par des bras roses !
Car c'est l'explosion des oeuvres des Mamelles de ma maison...
Etats d'âme de mes aïeules entre le laurier rose et l'olivier !...
Fil, émanais-tu de la quenouille ou des bandeaux sortis des capelines ?...
Serviriez-vous de trousseaux à la postérité, vénérables cheveux d'antan ?...
Linge étendu par des bras roses !
O ces doigts de grand-mères sur les balèvres de grand-mères !...
Salive laborieuse, est-ce toi qui dégouline de ces toiles sur les verveines et sur les pastèques ?...
Braves fées qui filiez en songeant sous la treille l'été, l'hiver devant le feu de ceps, vos rêveries sont-elles pas restées entre les mailles ?...
Linge étendu par des bras roses !
O langes...
O tabliers...
O rideaux...
O nappes des festins de famille où le plus vieux dit la prière...
O draps mis aux croisées lorsque passe la Vierge...
O suaires...
Linge étendu par des bras roses de ma mère !