Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

01/09/2006

01/09/06 - 16:47

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : André Gide (1869/1951)



RONDE POUR ADORER CE QUE J'AI BRULE


Il y a des livres qu'on lit, assis sur une petite planchette
Devant un pupitre d'écolier.

Il y a des livres qu'on lit en marche
(Et c'est aussi à cause de leur format)
Tels sont pour les forêts, tels pour d'autres campagnes,
Et
nobiscum rusticantur, dit Cicéron.
Il y en a que je lus en diligence ;
D'autres couché au fond des greniers à foin.
Il y en a pour faire croire qu'on a une âme ;
D'autres pour la désespérer.
Il y en a où l'on prouve l'existence de Dieu ;
D'autres où l'on ne peut pas y arriver.
Il y en a que ne saurait admettre
Que dans les bibliothèques privées.
Il y en a qui ont reçu les éloges
De beaucoup de critiques autorisés.

Il y en a où il n'est question que d'apiculture
Et que certains trouvent un peu spéciaux ;
D'autres où il est tellement question de la nature,
Qu'après ce n'est plus la peine de se promener.

Il y en a que méprisent les sages hommes
Mais qui excitent les petits enfants.

Il y en a qu'on appelle des anthologies
Et où l'on a mis tout ce qu'on dit de mieux sur n'importe quoi.
Il y en a qui voudraient vous faire aimer le vie ;
D'autres après lesquels l'auteur s'est suicidé.
Il y en a qui sèment la haine
Et qui récoltent ce qu'ils ont semé.
Il y en a qui, lorsqu'on les lit, semblent luire,
Chargés d'extase, délicieux d'humilité.
Il y en a que l'on chérit comme des frères
Plus purs et qui ont vécus mieux que nous.
Il y en a dans d'extraordinaires écritures
Et qu'on ne comprend pas, même quand on les a beaucoup étudiées.

Nathanaël, quand aurons-nous brûlé tous les livres !

Il y en a qui ne valent pas quatre sous,
D'autres qui valent des prix considérables.
Il y en a qui parlent de rois et de reines,
Et d'autres de très pauvres gens.

Il y en a dont les paroles sont plus douces
Que le bruit des feuilles à midi.
C'est un livre que mangea Jean à Patmos,
Comme un rat ; mais moi j'aime mieux les framboises.
Ca lui a rempli d'amertume les entrailles
Et après il a eu beaucoup de visions.


Nathanaël ! quand aurons-nous brûlé tous les livres !



commentaires

01/09/06 - 18:58

C'est vrai que Les Nourritures terrestres est un ouvrage fabuleux. Un peu vielli mais très bien.

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