Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

11/03/2006

11/03/06 - 06:38

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Henri Michaux (1899/1984)



Le livre des réclamations


Qu'est-ce que vous m'offrez ?
Qu'est-ce que vous me donnez ?
Qui me paiera du froid de l'existence ?
Au poisson on donne l'hameçon.
Et à moi ? Qu'est-ce que vous me donnez pour ma soif ?
Qu'est-ce que vous me préparez ?

La nausée dit au vomissement : « Viens. »
Mais le vomissement,
Comme la fortune qui se fait attendre...
Mais le moment,
Comme une époque qui va son lent chemin...
Mais de qui parle-t-on ici ?
Oh rage, rage sans objet.
Oh non, on ne rit pas dans la toile de l'araignée.
Les enfants que j'eus ne ressemblaient pas à leur père.
Leur père n'aurait jamais pu les suivre.
Et pourtant les loups se firent manger.
Les autres étaient des biches.
Les biches avec la compétence des herbivores
Entretinrent leur vie paisiblement.

« Non ! » dit la balle au chasseur.
J'en ai assez de vivre en carabine.
Alors le chasseur la libère.
Et joyeuse, elle s'en va tuer quelqu'un au loin.
Les désastres s'appellent les uns les autres.
Et se racolent.
« Il y a du mal à faire ici. »
Alors ils s'en viennent.
Chacun avec sa tête, même la guerre, même la mort
Et même la surdité qui n'entend rien,
Entend l'appel et vient occuper son siège.
Avez-vous vu un tigre sourd ?
Spectacle fameux,
L'air planant, embarrassé quoique calme,
Il avance à travers la jungle.
D'où les gazelles s'éloignent en pouffant.
Tant qu'on demande aux griffes et aux crocs,
On ne peut pas leur demander d'entendre.

Fouettez mademoiselle, voulez-vous.
« - Mais chéri... »
Mais déjà les domestiques, la flamme dans l'oeil, la déshabillent.
« - Allons, du calme, ma jolie, ne vous étranglez pas. »
Bonheur, bonheur !
L'un a besoin d'un oignon pour pleurer.
L'autre n'en a pas besoin.
Nous lui arrachâmes un sein, puis nous le regrettâmes.
Il n'en restait plus qu'un à arracher.

1933


commentaires

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.