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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

30/10/2006

30/10/06 - 18:44

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Saint Pol Roux (1861/1940)



DEVANT DU LINGE
ETENDU PAR MA MERE, AU VILLAGE


Linge étendu par les bras roses de maman !

Primitive épreuve de la cuve aux cendres de sarment.
Oeufs à la neige du savon...
Franches gifles du battoir...
Décisives caresses du puits...
Très pure corde allant de l'azerolier à ce trophée d'oreilles d'éléphants que semble le figuier...
Puis des épingles tutélaires...
Enfin, sur toutes les candeurs flottantes, les lingots subtils du soleil vierge...

Linge étendu par des bras roses !

Hosties...
Lins d'aubes...
Nénuphars de brise...
Pages de pâquerettes...
Pans de lune...
Parchemins aux vignettes d'insectes...

Linge étendu par des bras roses !

Ingénue senteur de lessive...
Cela monte ouvrir le colombier des souvenirs...
Et l'on perçoit des gestes blancs de revenants dans les mirages de jadis...
Et l'on savoure le bon lait des bercails révolus...

Linge étendu par des bras roses !

Car c'est l'explosion des oeuvres des Mamelles de ma maison...
Etats d'âme de mes aïeules entre le laurier rose et l'olivier !...
Fil, émanais-tu de la quenouille ou des bandeaux sortis des capelines ?...
Serviriez-vous de trousseaux à la postérité, vénérables cheveux d'antan ?...

Linge étendu par des bras roses !

O ces doigts de grand-mères sur les balèvres de grand-mères !...
Salive laborieuse, est-ce toi qui dégouline de ces toiles sur les verveines et sur les pastèques ?...
Braves fées qui filiez en songeant sous la treille l'été, l'hiver devant le feu de ceps, vos rêveries sont-elles pas restées entre les mailles ?...

Linge étendu par des bras roses !

O langes...
O tabliers...
O rideaux...
O nappes des festins de famille où le plus vieux dit la prière...
O draps mis aux croisées lorsque passe la Vierge...
O suaires...

Linge étendu par des bras roses de ma mère !



22/10/2006

22/10/06 - 17:56

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Stanislas Rodanski (1927/1981)



Je suis seul
Et j'aime la nuit d'être moi

Les lointains de mes sens
Ont une saveur ignorée des dieux

Au bout de mes bras
J'ai deux mains ouvertes

Au bout de l'inquiétude d'être au monde
J'ai la certitude d'être au regard des amis

Savez-vous bien ?
Nous sommes fleur d'eau
A bout de bras levé sur notre aide
La main hante le visage ouvert l'oeil sec
Nous bâtissons une plage mouvante
Sur l'écume silencieuse de la marée humaine

Il y a aussi ces petits bars troublants
Et le songe cultivé de fil en aiguille
Il y a ces petites jeunes filles
Et ces grands yeux de larmes ouverts sur nos secrets
Il y a nos habitudes insolites
Et ce langage facile à parler juste

Et il y a surtout le hasard facile à réveiller
des merveilles familières.


18/10/2006

18/10/06 - 19:45

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Clément Magloire-Saint-Aude (1912/1971)



Silence


Le tuf aux dents aux chances aux chocs auburn
Sur neuf villes.

Magdeleines en dentelle de gaude.

Rien le poète, lent dolent
Pour mourir à Guadalajara.







12/10/2006

12/10/06 - 19:55

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Louis Aragon (1897/1982)



MIMOSAS


à la Démoralisation

Le gouvernement venait de s'abattre
Dans un buisson d'aubépines
Une grève générale se découvrait à perte de vue
Sous les influences combinées de la lune et de la céphalagie
Les assassins s'enfuyaient dans la perspective des courants d'air
La victime pendait à la grille comme un bifteck
Une chaleur à claquer
Aussi faut voir si les casernes en entendaient de drôles
L'alcool coulait à flot par les tabatières des toits
Le métropolitain sortit de terre afin de respirer
Quand tout à coup il apparut
Au détour de la rue
Un petit âne qui traînait une voiture
Décorée pour la bataille des fleurs
Premier prix pour toute la ville
Et les villes voisines

10/10/2006

10/10/06 - 19:38

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Guy Goffette (1947)



Un peu d'or dans la boue


VII


Si j'ai cherché - ai-je rien fait d'autre ? -
ce fut comme on descend une rue en pente
ou parce que tout à coup les oiseaux
ne chantait plus. Ce trou dans l'air,

entre les arbres, mon souffle ni mes yeux
ne l'ont comblé - et je criais souvent
au milieu des herbes, mais je n'attendais
rien, je me disais : voilà,

je suis au monde, le ciel est bleu, nuages
les nuages et qu'importe le cri sourd des pommes
sur la terre dure : la beauté c'est que tout
va disparaître et que, le sachant,

tout n'en continue pas moins de flâner.



01/10/2006

01/10/06 - 20:58

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles Baudelaire (1821/1867)



La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?