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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

28/04/2006

28/04/06 - 19:48

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles Baudelaire (1821/1867)



La géante


Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.

J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.



14/04/2006

14/04/06 - 19:10

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean Genet (1910/1986)



Marche funèbre


(Extrait)


XIII


Où sans vieillir je meurs je t'aime ô ma prison.
La vie de moi s'écoule à la mort enlacée.
Leur valse lente et lourde à l'envers est dansée
Chacune dévidant sa sublime raison
L'une à l'autre opposée


J'ai trop de place encor ce n'est pas mon tombeau
Trop grande est ma cellule et pure ma fenêtre.
Dans la nuit prénatale attendant de renaître
Je me laisse vivant par un signe plus haut
De la Mort reconnaître.



A tout autre qu'au Ciel je ferme pour toujours
Ma porte et je n'accorde une minute amie
Qu'aux très jeunes voleurs que mon oreille épie
De quel cruel espoir l'appel à mon secours
Dans leur chanson finie.




Mon chant n'est pas truqué si j'hésite souvent
C'est que je cherche loin sous mes terres profondes
Et j'amène toujours avec les mêmes sondes
Les morceaux d'un trésor enseveli vivant
Dès le début du monde.




Si vous pouviez me voir sur ma table penché
Le visage défait par ma littérature
Vous sauriez que m'écoeure aussi cette aventure
Effrayante d'oser découvrir l'or caché
Sous tant de pourriture.




Une aurore joyeuse éclate dans mon oeil
Pareille au matin clair qu'un tapis sur les dalles
Pour étouffer ta marche à travers les dédales
Des couloirs suffoqués l'on posa de ton seuil
Aux portes matinales.



13/04/2006

13/04/06 - 18:32

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Théophile de Viau (1590/1626)



Sonnet


Je songeais que Philis des enfers revenue,
Belle comme elle était à la clarté du jour,
Voulait que son fantôme encore fît l'amour
Et que comme Ixion j'embrassasse une nue.

Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
Et me dit : " Cher Tircis, me voici de retour,
Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour
Où depuis ton départ le sort m'a retenue.

Je viens pour rebaiser le plus beau des amants,
Je viens pour remourir dans tes embrassements. "
Alors, quand cette idole eut abusé ma flamme

Elle me dit : " Adieu, je m'en vais chez les morts.
Comme tu t'es vanté d'avoir foutu mon corps,
Tu pourras te vanter d'avoir foutu mon âme. "



12/04/2006

12/04/06 - 20:34

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Paul Verlaine (1844/1896)




Il patinait merveilleusement,
S'élançant, qu'impétueusement!
R'arrivant si joliment vraiment.

Fin comme une grande jeune fille,
Brillant, vif et fort, telle une aiguille,
La souplesse, l'élan d'une anguille.

Des jeux d'optique prestigieux
Un tourment délicieux des yeux,
Un éclair qui serait gracieux.

Parfois il restait comme invisible,
Vitesse en route vers une cible
Si lointaine, elle-même invisible...

Invisible de même aujourd'hui.
Que sera-t-il advenu de lui?
Que sera-t-il advenu de lui?


10/04/2006

10/04/06 - 21:17

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Etienne Roda-Gil (1942/2004)



Le coeur volcan


Comme un volcan devenu vieux
Mon coeur bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux
Coule dans mes veines malades

Je pense si souvent à toi
Que ma raison en chavire
Comme feraient les barques bleues
Et même les puissants navires

J'ai la raison arraisonnée
Dans un port désert dérisoire
Toute ma vie s'est arrêtée
Comme s'arrêterait l'Histoire

Comme une légende qui s'éteint
Comme un grand peuple en décadence
Comme une chanson qui se meurt
Comme la fin de l'espérance

Mon coeur volcan devenu vieux
Bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux
Coule dans mes veines malades

Comme une armée de vaincus
L'ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu
Dans la mer morte qui me reste

Mon coeur volcan devenu vieux
Bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux
Coule dans mes veines malades

pour S.


09/04/2006

09/04/06 - 08:22

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Gérard de Nerval (1808/1855)



Aurélia


(Extrait)


I


Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l'image de la mort; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l'instant précis où le moi, sous une autre forme continue l'oeuvre de l'existence. C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres; - le monde des Esprits s'ouvre pour nous.
Swedenborg appelait ces visions Memorabilia; il les devait à la rêverie plus souvent qu'au sommeil. L'Ane d'or d'Apulée, la Divine Comédie du Dante, sont les modèles poétiques de ces études de l'âme humaine. Je vais essayer, à leur exemple, de transcrire les impressions d'une longue maladie qui s'est passée tout entière dans les mystères de mon esprit; - et je ne sais pourquoi je me sers de ce terme maladie, car jamais, quant à ce qui est de moi-même, je ne me suis senti mieux portant. Parfois, je croyais ma force et mon activité doublées; il me semblait tout savoir, tout comprendre; l'imagination m'apportait des délices infinies. En recouvrant ce que les hommes appellent la raison, faudra-t-il regretter de les avoir perdues?...
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06/04/2006

06/04/06 - 21:49

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean Tardieu (1903/1995)



La môme néant


Quoi qu'a dit ? - A dit rin.
Quoi qu'a fait ? - A fait rin.
A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.

Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?

- A' xiste pas.



05/04/2006

05/04/06 - 19:18

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Guillaume Apollinaire (1880/1918)



Les cloches


Mon beau tzigane mon amant
Ecoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n'être vus de personne

Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vu du haut des clochers
Et le disent à tout le monde

Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine

Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J'en mourrai peut-être



01/04/2006

01/04/06 - 14:20

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Dominique Galouzeau de Villepin (1953)



Viens négocier c'est un ordre


Notre pays est inquiet. Je mesure tout particulièrement
L'anxiété des jeunes face à l'avenir. Dans cette situation,
Nous avons besoin de dialogue, plus que jamais,
De dialogue et d'ouverture.

La réunion que nous venons de tenir avec les organisations
Etudiantes a été une réunion constructive. Il y a des
Préoccupations qui se font jour. J'ai marqué ma
Totale disponibilité

A améliorer nos propositions, en particulier sur les deux points
Qui font le plus l'objet d'inquiétude : la durée de la pério-
De de 2 ans (ouf !) et les modalités de rupture du contrat.

Il y a des inquiétudes ; nous y répondrons. Face au chômage
Des jeunes, je ne baisserai pas les bras.
Poisson d'avril.