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Anthologie Cruelle, c'est un pléonasme. Toute anthologie est le résultat d'un choix. Tout choix est cruel ! Bla bla bla... Qu'est-ce qui justifie la présence d'une anthologie poétique sur un site comme Gayattitude ? Rien, sinon le caprice d'un internaute désireux de rappeler aux intervenants que la poésie est parole première. Que toute prise de parole, s'exprimât-elle par l'image ou le geste, le simple signe, se confronte à la poésie. Pour le reste, le choix que j'offre ici est fonction de mon humeur, de mon itinéraire, et de ce qui me touche encore. D'où les absences, les vides historiques. Cette anthologie ne prétends pas à l'exhaustivité. Je la veux ultra subjective et la diffuse comme telle. Je est une foultitude et tous ces poèmes sont moi ! Je m'engage bien entendu à retirer tous les textes soumis à droits qui me seraient signalés. ;o)

28/02/2006

28/02/06 - 07:12

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean-Pierre Duprey (1930/1959)



Qui dirait


Croisement de l'oeil avec la nuit
Fermée bout à bout
Sur le cerveau, comme qui dirait
Cerceau, comme qui dirait
Le saut en rien.

C'est une journée qu'imagine
La nuit
De blanc fer imaginaire,
Etale, comme qui dirait,
Pétale, comme qui dirait
Spectrale devant un cri.

Or le cri devenu bouche
C'est un cerceau, nul doute,
C'est un cerceau
Fermé, dirait le rouge fer.
C'est moi qui serre, comme qui dirait
Et je saute, comme qui dirait,
Bouée de sang à bout
A bout de l'ombre courbe,
A bout de souffle sur son cri.

Or le cri devenu chair,
C'est cela, comme qui dirait,
C'est bien cela, comme qui dirait...



27/02/2006

27/02/06 - 12:27

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Arthur Rimbaud (1857/1891)



L'éternité


Elle est retrouvée.
Quoi? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.



26/02/2006

26/02/06 - 08:59

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles Cros (1842/1888)



Liberté.


Le vent impur des étables
Vient d'ouest, d'est, du sud, du nord.
On ne s'assied plus aux tables
Des heureux, puisqu'on est mort.

Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s'en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.

On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?... aucune.

Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.


25/02/2006

25/02/06 - 11:03

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Luc Bérimont (1915/1983)



Noël


Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n'est plus de fous,
L'heure de minuit, cette heure où l'on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J'avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l'été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d'hiver a tout emporté.
Le charroi d'hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n'est rien venu d'autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l'orange amère
Et ton souvenir m'arrache le coeur.
Et ton souvenir m'arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.



22/02/2006

22/02/06 - 07:09

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Claude Pélieu (1934/2002)



PARIS A-T-IL PRIS UN BAIN DE BOUCHE
?
la rouille du temps chante
l'aube rame et bouscule les noeuds de vipères
toutes ces pages seront lavées par le vent
comme le négatif de cet homme d'affaires
qui
fabriquait du napalm
et
en surimpression
les fresques Coca Cola de Time Sq.
et de Piccadilly Circus
New York / London BOAC
L'Europe livide
Paris a-t-il pris un bain de bouche
?
images-étaux ruisselantes de mousse
sur les étagères du silence les gants de boxe
du
sexe
épluchent le temps
vous avez toute la musique en cassette
le son de Frisco le son de New York
le son de Detroit
(tout le monde se souvient des années
60
personne ne peut les expliquer - )
personne ne peut expliquer les phares
du
chagrin
le
sperme
s'écoule dans l'estuaire de viande
nous sautons pieds joints dans
le
VOMITO
Le bleu de la nuit crie au secours

New York London
October 1970

21/02/2006

21/02/06 - 07:37

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jean Genet (1910/1986)



Le condamné à mort


(Extrait)


.................................................................

T'enveloppent si fin, tes gestes de dentelle !
Une épaule appuyée au palmier rougissant
Tu fumes. La fumée en ta gorge descend
Tandis que les bagnards, en danse solennelle,

Graves, silencieux, à tour de rôle, enfant,
Vont prendre sur ta bouche une goutte embaumée,
Une goutte, pas deux, de la ronde fumée
Que leur coule ta langue. O frangin triomphant,

Divinité terrible, invisible et méchante,
Tu restes impassible, aigu, de clair métal,
Attentif à toi seul, distributeur fatal
Enlevé sur le fil de ton hamac qui chante.

Ton âme délicate est par delà les monts
Accompagnant encor la fuite ensorcelée
D'un évadé du bagne, au fond d'une vallée
Mort, sans penser à toi, d'une balle aux poumons.

Elève- toi dans l'air de la lune ô ma gosse.
Viens couler dans ma bouche un peu de sperme lourd
Qui roule de ta gorge à mes dents, mon Amour,
Pour féconder enfin nos adorables noces.

Colle ton corps ravi contre le mien qui meurt
D'enculer la plus tendre et douce des fripouilles.
En soupesant charmé tes rondes, blondes couilles,
Mon vit de marbre noir t'enfile jusqu'au coeur.

...........................................................................


20/02/2006

20/02/06 - 07:32

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : André Breton (1896/1966)



Le verbe être.


Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas d'ailes, il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. C'est un bateau criblé de neige, si vous voulez, comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Une forme très petite, délimitée par un bijou de cheveux. C'est le désespoir. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir. Le reste, nous n'en parlons pas. Nous n'avons pas fini de désespérer, si nous commençons. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures, je désespère de l'éventail vers minuit, je désespère de la cigarette des condamnés. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de coeur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles, le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs, je ne me souviens de rien, et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil ! Au feu ! Ah ! ils vont encore venir... Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, espèce de tas de sable ! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie.


19/02/2006

19/02/06 - 06:26

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Valery Larbaud (1881/1957)



Ode


Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l'Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l'angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !

J'ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow .
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Etaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j'ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium ,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn , prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d'or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses...

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.


18/02/2006

18/02/06 - 06:54

et s'il ne fallait en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Michel Bulteau (1949)



Acapulco


(Extraits)


La longue voiture cataleptique s'arrêta.

La baie était mouillée de remords.
Les diamants s'enfuyaient des prières.
Derrière les vitres augustes,
mon front célébrait un grand rêve.

Les yachts superbes comme des caillots de sang.
Les palaces aux fines chevilles d'éclair.
Des futaies de lumières insurgeaient mes cils.

Les sèves de l'ennui.
Les moulures niaises des comédies diluviennes.
Chaos, angles d'insolence, dédain.

(...)

On frappait, pour m'offrir des roses.

Il me fallait m'admirer
ritualiser mes cernes
dans les loups de chasuble
des hauts miroirs
endormir la peine de mes bijoux
sur l'eau calme des napperons.

(...)

Des lisières d'odeurs scellaient
les pierreries incendiées de rumeurs.
Les salons de convulsions implacables.
Je déposais mon costume lyrique
parmi les formes mouvantes des oeillets,
sans toutefois effleurer
les tempes des jardins enterrés.

Dans les verres de la nuit,
les pailles lasses de l'élégance
aspiraient le soda glacé des étoiles.
J'étais descendu dans ce palace
aux terrasses heurtées de teintes tremblées.

Comme des cathédrales défaites,
les voix de l'océan soupçonnaient mes féeries.
Des cristaux affinés m'avaient fixé
dans un déplacement d'os et de scintillances :
l'Archipel de l'Orgueil.




17/02/2006

17/02/06 - 08:24

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Pierre de Marbeuf (1596 ?/1635 ?)




Et la mer et l'amour ont la mer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en la mer aussi bien qu'en l'amour,
Car l'amour et la mer ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.



16/02/2006

16/02/06 - 06:37

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Paul Verlaine (1844/1896)



L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table ?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !




15/02/2006

15/02/06 - 08:33

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Jacques Prévert (1900/1977)



Pour Toi Mon Amour


Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché a la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour



14/02/2006

14/02/06 - 06:02

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Charles d'Orléans (1394/1465)



Rondeau


A ce jour de Saint Valentin
Que chacun doit choisir son per,
Amour demourray je non per,
Sans partir a vostre butin ?

A mon resveiller au matin,
Je n'y ay cessé de penser
A ce jour de Saint Valentin.

Mais Nonchaloir, mon medicin,
M'est venu le pouse taster,
Qui m'a conseillé reposer
Et rendormir sur mon coussin,
A ce jour de Saint Valentin.

13/02/2006

13/02/06 - 07:02

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Bernard Noël (1930)



Souvenir du pâle

(extrait)


I


Tu vas mourir. Ta vie nourrit le temps, mais le temps, quelque part, s'en passe déjà - et là, il y a une veine blanche, une veine où circule peut-être le souvenir, peut-être son contraire, qui n'est pas l'oubli, mais l'oubli même de l'oubli, chose qui n'a de nom dans aucune langue. Tu es, tu fus... la conjugaison s'arrête. Tu as regardé le visage de l'Autre, et il était froid. Mais qui était-il vraiment ? si présent tout à coup de contenir sa propre absence. Tel qu'en lui-même, pensais-tu, étonné cependant de sa raideur et te demandant s'il était devenu mannequin ou statue, te demandant si l'éternité nous change en nous-même ou bien nous jette au vide pour nous punir d'avoir nourri le temps, qui est sa dérision, te demandant : « Qui ? » et « Pourquoi ? » et voyant une espèce de coulée brumeuse, dont tu préfères ne pas deviner les rives. Et soudain, les nerfs se sont distanciées de ton corps, car l'abîme était dedans sous le sol effondré de la mémoire - et cet abîme était un puits rempli d'images que l'oeil, là-haut, aspirait.


12/02/2006

12/02/06 - 09:05

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Gérard de Nerval (1818/1855)



El Desdichado


Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans le nuit du Tombeau, Toi qui m’a consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la grotte où nage la Sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


11/02/2006

11/02/06 - 10:31

et s'il ne fallait en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Clément Magloire-Saint Aude (1912/1971)



Tabou


VIII


Le matin entre dans mes manches.
J'écris pour l'émotion et La Camargo.
Dites, implorantes, la jactance
Quand Maud m'attend dans le monde.


10/02/2006

10/02/06 - 19:00

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Germain Nouveau (1851/1920)



Mendiants


Pendant qu'hésite encor ton pas sur la prairie,
Le pays s'est de ciel houleux enveloppé.
Tu cèdes, l'oeil levé vers la nuagerie,
A ce doux midi blême et plein d'osier coupé.

Nous avons tant suivi le mur de mousse grise
Qu'à la fin, à nos flancs qu'une douleur emplit,
Non moins bon que ton sein, tiède comme l'église,
Ce fossé s'est ouvert aussi sûr que le lit.

Dédoublement sans fin d'un typique fantôme,
Que l'or de ta prunelle était peuplé de rois !
Est-ce moi qui riais à travers ce royaume ?
Je tenais le martyre, ayant les bras en croix.

Le fleuve au loin, le ciel en deuil, l'eau de tes lèvres,
Immense trilogie amère aux coeurs noyés.
Un goût m'est revenu de nos plus forts genièvres,
Lorsque ta joue a lui, près des yeux dévoyés !

Et pourtant, oh ! pourtant, des seins de l'innocente
Et de nos doigts, sonnant, vers notre rêve éclos
Sur le ventre gentil comme un tambour qui chante,
Dianes aux désirs, et charger aux sanglots,

De ton attifement de boucles et de ganses,
Vieux Bébé, de tes cils essuyés simplement,
Et de vos piétés, et de vos manigances
Qui m'auraient bien pu rendre aussi chien que l'amant,

Il ne devait rester qu'une ironie immonde,
Une langueur des yeux détournés sans effort.
Quel bras, impitoyable aux Echappés du monde,
Te pousse à l'Est, pendant que je me sauve au Nord !



02/02/2006

02/02/06 - 04:47

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Henri Michaux (1899/1984)



Dans la nuit


Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.

Mienne, belle, mienne.

Nuit
Nuit de naissance
Qui m'emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m'envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.


01/02/2006

01/02/06 - 05:52

et s'il fallait n'en retenir qu'un seul !

Aujourd'hui : Marceline Desbordes-Valmore (1798/1859)



Dors-tu ?


Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c'est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu'il fasse mourir !